À Strasbourg, Emmanuel Macron arrivait en terrain presque conquis. Ce mercredi, il est venu donner le véritable coup d'envoi de la présidence française du Conseil de l'UE (PFUE) en débattant pendant plus de trois heures avec les députés européens. Le président français a déroulé son programme ambitieux et répondu point par point aux remarques d'une quarantaine d'eurodéputés, parfois taquins sur le réalisme des propositions françaises.

Des soutiens de poids en Europe

Visiblement bien préparé à l'exercice, l'hôte de l'Élysée pouvait toutefois compter sur un accueil clément de la part des députés européens, qui espèrent des avancées majeures lors des six mois de la PFUE. "Macron a des soutiens au Parlement européen qui vont bien au-delà du groupe centriste Renaissance, indique un diplomate européen. Il bénéficie surtout de l'aide des gouvernements allemand et italien, Olaf Scholz et Mario Draghi partageant ses ambitions européennes."

Dans l'hémicycle, Emmanuel Macron est allé encore plus loin que l'agenda déjà ambitieux présenté à l'Élysée le 9 décembre. Dans son plaidoyer pour l'État de droit, mis à mal ces derniers mois par les provocations de la Pologne et de la Hongrie, le président français a proposé d'inscrire la défense de l'environnement et le droit à l'avortement dans la charte des droits fondamentaux. Il a également proposé, sous les applaudissements des eurodéputés, de soutenir un droit d'initiative législative pour le Parlement européen, mesure réclamée de longue date par les élus à Strasbourg.

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Lyrique, le président français a promis de défendre "les promesses européennes de démocratie, de progrès et de paix", à coups de sommets et de mesures législatives. "La France est prête et l'Europe semble entre de bonnes mains pour les six prochains mois, a reconnu l'allemand Manfred Weber, président du Parti populaire européen (droite). Mais l'Europe a besoin d'actes après vos beaux discours, ces grandes ambitions annoncées tous les six mois se transforment en une routine plutôt barbante."

Pourtant, les textes concrets ne manquent pas selon Paris, qui espère faire aboutir le salaire minimum européen ou le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières dans les prochaines semaines. "Pour faire avancer l'Europe, il est nécessaire de montrer une ambition qui dépasse ce qu'il est réellement possible de faire, estime Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman. La France a toujours eu ce rôle d'agitateur d'idées sur le continent, et il existe une forte attente en Europe envers la présidence française et les propositions d'Emmanuel Macron."

L'ombre russe, omniprésente au Parlement européen

Le chef de l'État était particulièrement attendu sur la question des menaces russes à la frontière ukrainienne, alors que le secrétaire d'État américain Antony Blinken vient de poser le pied à Kiev et que Moscou masse des troupes en Biélorussie. "Nous sommes menacés à l'extérieur par Poutine, nous avons besoin de six mois d'unité européenne", a exhorté l'eurodéputé belge Guy Verhofstadt (Renew, centre) à la tribune. L'occasion pour Emmanuel Macron d'évoquer la nécessité d'une Europe "puissance d'équilibre", capable d'établir un nouvel ordre de sécurité sur le continent et de dialoguer avec la Russie face "au retour du tragique, de la guerre".

La France compte sur l'adoption de la "Boussole stratégique", en mars, pour faire avancer l'Europe de la défense et unifier sa voix sur la scène internationale. "En France, nous avons tendance à le minimiser à cause de notre agenda politique national, mais la voix d'Emmanuel Macron porte sur le continent, souligne Jean-Dominique Giuliani. Il plaide depuis quatre ans pour que l'Europe se renforce sur les questions diplomatiques et de défense, le cours actuel des événements lui donne raison." Et il y a, désormais, urgence à agir.