Prier Dieu pour chasser le "mal". C'est sous la pression de sa paroisse que Bastian Melcher a suivi, à l'âge de 16 ans, une "thérapie de conversion" à l'hétérosexualité. Mais loin de l'aider à se libérer de ses "démons", celle-ci a tourné au calvaire intérieur, le poussant à se réfugier dans l'alcool et les médicaments. "A la fin, je ne voyais plus qu'une seule issue : le suicide", confie-t-il.

Chaque année, en Allemagne, 1000 à 2000 personnes sont victimes de "spécialistes" considérant l'homosexualité et la transidentité comme des maux dont il est possible de guérir, selon la Fondation Magnus-Hirschfeld, chargée de la lutte contre les discriminations des non-hétérosexuels. Ces prétendues "thérapies", dont certaines sont remboursées par les caisses d'assurance-maladie, sont désormais interdites. Le Parlement allemand a voté une loi en ce sens le 7 mai. Toute personne faisant l'apologie de ce type de traitement risque 30 000 euros d'amende et jusqu'à un an de prison, si le programme visait des mineurs.

Un premier pas... mais quid des Eglises ?

"L'homosexualité n'est pas une maladie", a insisté Jens Spahn, ministre de la Santé et promoteur de cette loi, en rappelant que l'Organisation mondiale de la santé a retiré en 1990 cette orientation sexuelle de la liste des "maladies psychiques".

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Pour Bastian Melcher, sauvé in extremis par son coming out lors d'une Marche des fiertés, cette pénalisation des "thérapies de conversion" est un premier pas. Il aimerait désormais que les Eglises évoluent sur ce sujet. "J'aurais aimé qu'on me dise comment vivre en chrétien avec mon orientation sexuelle, plutôt qu'on essaie de me changer", dit-il. S'il a quitté sa communauté religieuse, il dit néanmoins conserver la foi.

En France, ces "thérapies de conversion" existent également, même s'il n'y a aucune statistique officielle. Une proposition de loi visant à les interdire a d'ailleurs été déposée en juin dernier par une députée LREM, Laurence Vanceunebrock. "Nous sommes un pays aux racines judéo-chrétiennes, où l'homophobie est malheureusement très présente dans les textes religieux", déplore celle-ci. Le texte devrait être examiné au début de l'année prochaine.