C'est quoi, le courage ? A cette vertigineuse question, les dictionnaires des maximes et proverbes proposent des centaines de réponses. "Le courage est le juste milieu entre la peur et l'audace", dit Aristote. "La plus haute forme de courage, c'est le désespoir surmonté", écrit Georges Bernanos (1888-1948). Mais hormis le philosophe grec et le grand écrivain français, rare sont les moralistes qui, comme eux, décrivent avec autant de justesse cette force morale qui anime aujourd'hui l'Ukraine. Pourquoi ? Peut-être parce que le courage ne se pense pas au bout de la plume mais se découvre, s'apprend et se vit dans l'action, seule capable de révéler les tempéraments.
Avec la révolution de Maïdan en 2014 qui avait chassé le président prorusse Viktor Ianoukovitch, puis avec la résistance contre l'agression "russo-séparatiste" dans le Donbass, les Ukrainiens avaient montré un échantillon de leur immense ardeur. Depuis le 24 février, leur bravoure stupéfie carrément le monde. Le courage est multiforme, nous apprennent-ils. Il ne s'agit pas seulement de partir combattre au front, même si cet engagement constitue l'héroïsme ultime. Le courage, c'est aussi rentrer d'un confortable exil en Nouvelle-Zélande pour aider son pays, à l'image d'Iryna Rybinkin, une femme médecin revenue en Ukraine pour aider. C'est téléphoner chaque jour aux familles en Russie pour leur expliquer que Poutine ment, comme le fait Misha Katsourin. C'est continuer à tenir la chronique de la ville martyre de Boutcha comme le fait au quotidien le rédacteur en chef de The Boutcha City. C'est encore reconstruire des maisons détruites à Kramatorsk, donner des concerts de rock à Kharkiv, dissimuler sa frousse et tenir tête à l'occupant, à l'instar de Halyna Kozatchenko, "maire courage" de Fenevychi, un village de 1202 âmes. Tous ces actes de bravoure sont à lire dans L'Express qui a rencontré des Ukrainiens dans leur pays, unis par le même esprit de résistance.
"La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même", avait déclaré Franklin D. Roosevelt dans un de ses plus beaux discours, le 4 mars 1933, au pire moment d'une autre crise, économique celle-là. Depuis le sommet de l'Etat ukrainien ("J'ai besoin de munitions, pas d'un chauffeur", avait déclaré Volodymyr Zelensky à qui l'on proposait de fuir le pays) jusqu'au dernier des villageois, en passant par la mamie Rozalia Tchoba, 99 ans, qui a connu les -vrais- nazis et le joug soviétique, les Ukrainiens nous rendent ces jours-ci un immense service. Ils nous donnent à voir à quoi ressemble le courage quand l'histoire et le destin placent une nation devant ce choix effroyable : la vie ou la mort.
Cet article est issu de notre numéro spécial "Nous, les Ukrainiens", en kiosque le 24 août, en partenariat avec BFMTV.
