Les Ukrainiens vous regardent droit dans les yeux, et vous transpercent. Leur expression dit leur souffrance (tous ont un ami au front, ou tombé pour le pays), leur détermination à lutter, mais aussi à rester humains, à aider ceux qui en ont besoin.
Il faut pouvoir "répondre" à ces visages : ils créent une "responsabilité", dirait le philosophe Emmanuel Levinas, qui passa une partie de sa jeunesse en Ukraine. Impossible d'oublier celui de Volodymyr Rashchuk, un ancien acteur qui a pris les armes dès le premier jour de la guerre, quand il raconte sobrement les horreurs découvertes à Boutcha ; des atrocités qui l'ont poussé à plonger dans l'enfer du Donbass, où il peut disparaître à chaque minute, pour repousser l'ennemi. Gravées aussi, les larmes de la mère de Teodor, un jeune homme de 21 ans mort à Mykolaïv, sous les missiles russes. Et sa fierté devant le courage de son enfant, jusqu'au bout. "Il vaut mieux mourir debout que de vivre à genoux", lui écrit-il, au crépuscule de sa courte vie.
Partout où je suis allé, j'ai été frappé par la force de ce peuple. Petro, employé d'une exploitation agricole, près de Tchernihiv, qui a mis à l'abri du matériel en plein bombardements, au péril de sa vie. Yurko Didula, un ancien de Maïdan qui sillonne les villes dévastées pour aider à les reconstruire et réconforter la population. Sacha Ostapa, un journaliste qui a fourni aux habitants de Boutcha des informations indispensables à leur survie, et a facilité leur évacuation.
Ces entrepreneurs aussi, qui cherchent obstinément des solutions pour maintenir l'activité, tout en soutenant l'armée et leurs salariés sous les drapeaux, forcent le respect. "Nous n'avons pas d'autre choix que de gagner. Si nous y parvenons, beaucoup de choses seront possibles ! Sinon, je ne sais pas à quoi ressemblera la vie ici...", souffle Vitaly Sedler, le patron d'un géant informatique.
Lui aussi, a un regard qui oblige. Tous ces regards disent la même chose : "Nous ne nous rendrons jamais. Nous nous battons pour défendre notre pays, mais aussi pour vous : ne nous laissez pas tomber !"
Cet article est issu de notre numéro spécial "Nous, les Ukrainiens", en kiosques le 24 août, en partenariat avec BFMTV.
