Les sauveteurs ont poursuivi dans la nuit de mercredi à jeudi leurs recherches, pour tenter de trouver encore des survivants dans les décombres du pont autoroutier qui s'est effondré à Gênes, dans le nord de l'Italie. Mais leurs recherches ont été infructueuses, alors que plusieurs personnes sont toujours portées disparues. Le point sur la situation deux jours après le drame.
• Le bilan
Jeudi matin, le bilan a été ramené à 38 morts, selon le chef du gouvernement Giuseppe Conte, contre 39 précédemment. Il y a également 16 blessés dont 9 dans un état grave. Cependant, le bilan n'est pas définitif car il y aurait toujours des personnes disparues.
Au moins trois enfants de 8 à 13 ans figurent parmi les morts. À la liste des personnes décédées figurent aussi quatre jeunes Français, trois Chiliens et un Colombien. Le parquet de Paris a ouvert dans la soirée une enquête pour "blessures involontaires et homicides involontaires". L'enquête a été confiée à la Direction générale de la gendarmerie nationale.
"Il reste évidemment l'espoir pour les secouristes de retrouver quelques survivants, mais plus le temps passe, plus c'est difficile", a déclaré Riccardo Sciuto, commandant des carabiniers de la province de Gênes.
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• Les recherches, à risque, se poursuivent
Les grues et les pelleteuses continuaient jeudi de déblayer des décombres du pont effondré pour laisser les chiens rechercher des traces de survivants ou de nouvelles victimes.
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"Cette nuit, on n'a pas eu de chance, on n'a trouvé personne", Emanuele Gissi, un responsable des pompiers sur place. "Nous cherchons toujours des cavités qui puissent héberger des personnes, vivantes ou pas". "On essaie de couper les grands morceaux de béton qui sont tombés du pont, et après on les déplace avec les grues et on envoie des chiens de recherche, puis notre personnel s'il y a des signes positifs", a-t-il expliqué.
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"Ce type de travail est dangereux parce que les décombres sont instables", de même que la partie du pont qui est encore debout, a précisé le pompier.
Au-dessus des têtes des secouristes, le moteur d'un camion vert tourne toujours. Arrêté à quelques mètres du précipice, le véhicule est devenu un symbole de la panique qui a suivi l'effondrement. Le chauffeur ne l'a pas éteint en s'enfuyant à pied, et selon son employeur, il a assez de carburant pour tourner plusieurs jours, phares et essuie-glaces allumés parce qu'il pleuvait fort quand le pont s'est effondré.

Un camion vert arrêté juste avant le vide béant laissé par l'effondrement du viaduc autoroutier, le 15 août 2018 à Gênes, dans le nord de l'Italie
© / afp.com/Piero CRUCIATTI
• L'état d'urgence décrété
Au lendemain de l'effondrement du pont Morandi, le gouvernement italien a décrété l'état d'urgence à Gênes. Cet état d'urgence offre un cadre normatif pour la gestion du site et l'assistance aux plus de 630 personnes évacuées et dont les habitations, en contrebas de ce qui reste du pont, sont condamnées. Le gouvernement s'est engagé à les reloger avant la fin de l'année.
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Il a aussi annoncé le déblocage d'une première tranche de 5 millions d'euros d'aide d'urgence, ainsi qu'une journée de deuil national. Selon plusieurs médias, ce sera samedi, le jour où la ville de Gênes prévoit des funérailles solennelles pour les victimes, avec une messe.
• La société concessionnaire du pont mise en cause
Giuseppe Conte a confirmé que le gouvernement entendait révoquer la concession de la société gérant le tronçon d'autoroute, Autostrade per l'Italia (groupe Atlantia, lui-même contrôlé à 30% par la famille Benetton). Sous le feu de violentes critiques de toutes les figures du gouvernement, la direction d'Autostrade per l'Italia, qui gère près de la moitié des quelque 6000 kilomètres d'autoroute du pays, a affirmé mercredi le sérieux de sa surveillance de l'ouvrage.
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Si le ministère des Transports ne compte révoquer dans l'immédiat que la concession du tronçon de l'accident, et publier sur son site internet tous les contrats de concession en cours, Matteo Salvini a pour sa part exigé une révision d'autres concessions publiques et la prison ferme pour les dirigeants responsables.
Autostrade per l'Italia a par ailleurs annoncé jeudi après-midi que "les ambulances ne paieront plus les péages sur son réseau" afin de "favoriser l'organisation des précieuses activités de secours". Une réponse aux critiques émises par le ministre de l'Intérieur quelques heures auparavant. "Qu'ils donnent au moins un signe de bonne volonté. Ils ont encaissé 3,5 milliards d'euros de péages l'an dernier. Vu le désastre qu'ils ont provoqué, je pense qu'ils peuvent se permettre quelques semaines sans péages", avait-il affirmé.
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Le titre du groupe italien Atlantia perdait plus de 25% jeudi matin à la Bourse de Milan, après avoir été suspendu près d'une heure.
