Leur tandem a déjà été affublé d'un surnom : "Dracon". Fusion alambiquée de leur nom, inventée par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel. Il faut dire qu'Emmanuel Macron et Mario Draghi, le chef du gouvernement italien, ont habilement mis en scène leurs convergences de vue depuis l'investiture de ce dernier, en février. La connivence a sauté aux yeux lors des deux précédents sommets européens. Ces anciens banquiers y ont notamment défendu la nécessité d'un protectionnisme vaccinal et de nouveaux emprunts à l'échelle des Vingt-Sept - une perspective effrayante pour les conservateurs allemands. "Il y a entre eux une grande confiance, une grande proximité", confirme Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes.

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De là à présenter ce duo comme le possible nouveau moteur européen, rôle traditionnellement échu au "couple" franco-allemand ? C'est aller un peu vite en besogne. "Macron a un grand respect pour l'ex-patron de la Banque centrale européenne, sauveur de l'euro en 2012, mais ils se connaissent encore peu, on est loin d'une complicité comme celle de Kohl et de Mitterrand, nuance Jean-Pierre Darnis, conseiller scientifique à l'Institut des affaires internationales de Rome, ajoutant que Draghi cherche "tout autant un rapprochement avec Berlin".

Mais le timing s'y prête moins en raison de la sortie de jeu programmée d'Angela Merkel après les élections de septembre prochain. Le traité du Quirinal, proposé par l'Elysée en 2017, devrait bientôt institutionnaliser des coopérations politiques, économiques et sécuritaires entre les deux pays latins. Avec un modèle : les traités bilatéraux franco-allemands, dont celui d'Aix-la-Chapelle (2019), qui formalisent la relation privilégiée entre Paris et Berlin depuis de Gaulle. Sa signature s'accompagnera de visites officielles. Autant d'occasions, pour Macron et Draghi, de poursuivre leur lune de miel.