Les Italiens voulaient la stabilité. Le maintien du gouvernement d'union nationale jusqu'à l'an prochain, le temps de traverser un hiver qui les inquiète. Mario Draghi les rassurait. Pour le soutenir, on avait assisté à une mobilisation sans précédent de la société civile. Les syndicats, le monde des entreprises, 2000 maires de communes, et même des citoyens de base avaient demandé que, dans l'intérêt du pays, l'ancien gouverneur de la Banque centrale européenne reste à son poste. Le président du Conseil était crédité d'une cote de confiance de 52,3%, en hausse constante au fur et à mesure que s'envenimait la discussion au Parlement. Dans la tempête, Mario Draghi n'est d'ailleurs jugé fautif que par un Italien sur dix. En revanche Giuseppe Conte, le leader du Mouvement 5 Etoiles, sort éreinté de la manoeuvre qu'il a enclenchée avant d'en perdre le contrôle au profit des appétits électoraux de Matteo Salvini et de Silvio Berlusconi.

Italie sans pilote

Selon un sondage de l'institut Euromedia Research, seuls trois Italiens sur dix voulaient des élections anticipées. La politique romaine a servi une crise jugée "absurde", "ridicule", ouverte par des "charlots"... Dans les journaux et sur les réseaux sociaux, les jugements sont lapidaires. On invoque la perte de crédibilité des partis, la trahison des électeurs, la détresse d'une Italie sans pilote quand l'inflation, le coût de l'énergie et la pandémie poussent six millions d'Italiens sous le seuil de pauvreté. Et à la fin, c'est peut-être l'émotion la plus partagée : la tristesse. Comme si l'Italie éternellement en crise avait perdu les pédales à un moment crucial de son histoire. "Notre pays ne peut se permettre de faire une pause dans les interventions indispensables pour faire face aux difficultés économiques" : le président de la République, Sergio Mattarella, n'a pas caché son amertume en annonçant formellement la dissolution du Parlement.

LIRE AUSSI : Démission de Draghi : "Il nous faut un gouvernement capable d'agir rapidement"

On saura vite ce que coûtera aux partis la lassitude des électeurs. Il y a quinze jours, les sondages promettaient à la coalition des partis de droite 45% à 48% des suffrages. Une majorité bien suffisante pour prendre le pays en main. Le parti démocrate serait arrivé à près de 22% des suffrages et le mouvement 5 Etoiles à 10%, un tiers de son score de 2018. Mais la crise a été trop violente pour ne pas déstabiliser ses acteurs. Chez les 5 Etoiles, au sein du parti de Berlusconi et même de la Ligue, l'heure est aux règlements de compte entre les loyalistes à Draghi et les joueurs de roulette électorale.

La politologue Alessandra Ghisleri prévoit de nouvelles coalitions qui pourraient changer la donne. Les électeurs vont-ils manifester leur déception, changer d'avis ? "C'est une vieille leçon de la politique. On sait comment commencent les campagnes électorales, mais on ne sait pas comment elles finissent", rappelle l'analyste politique Lorenzo Pregliasco. La distance qui sépare la classe politique des citoyens en Italie est telle que les administrations locales ne sont désormais élues que par la moitié des inscrits. Les autres choisissent l'abstention. A l'échelle nationale, les 40% d'indécis rendent impossible tout pronostic.