Samy, jeune assistant parlementaire, a le sens de la formule pour parler d'Europe. "Tu as deux types de députés européens : les psychopathes, et les imbéciles." Aucun risque de sanctions pour Samy, personnage fictif et héros de la série Parlement, dont la saison 2 débarque le 9 mai sur France.tv, après une première saison aux belles audiences.

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Cette comédie politique nous plonge dans les arcanes du Parlement européen, où se rejouent les batailles entre nations d'hier et les drames technocratiques d'aujourd'hui. Volontairement bourrée de clichés (de l'efficacité mécanique des fonctionnaires allemands aux manigances des lobbyistes italiens), la série cartonne dans les couloirs des institutions. "C'est un passage obligé pour les nouveaux venus dans le monde des affaires européennes, rigole la responsable de la communication d'un think-tank. La série enseigne des ficelles sur les coulisses de l'UE, et surtout elle nous fait aimer cette Europe un peu dingue."

Parlement n'avait pourtant rien d'évident : la fiction s'intéresse peu aux institutions européennes, réputées barbantes, à l'inverse de leurs homologues américaines. "Pourtant, la politique américaine n'est pas moins complexe que la politique européenne, il est très compliqué de comprendre concrètement ce qui se passe entre la Chambre des représentants, le Sénat et l'exécutif américain, souligne Noé Debré, le créateur de Parlement. Mais les séries américaines sur le sujet sont énormément regardées partout dans le monde. Donc il n'y a pas de raison que la complexité des institutions européennes soit un problème pour faire des séries."

Enfant de Strasbourg, Noé Debré a grandi "avec vue sur le Parlement" depuis sa chambre. Le scénariste français de 36 ans a toujours été fasciné par ce bâtiment, où il a pu tourner l'ensemble de sa deuxième saison l'été dernier. "C'est un lieu de mystères, très peu utilisé par la fiction, mais surtout une arène de combat idéale pour la comédie", raconte le créateur de Parlement.

Des technocrates pas si chiants

Pour rendre vivantes et crédibles les négociations autour d'un amendement sur la pêche ou de la comptabilité verte, Noé Debré travaille avec des scénaristes qui connaissent par coeur les institutions européennes. Ainsi, Maxime Calligaro a encore la voix cassée d'une longue négociation en trilogue - avec le Parlement européen, le Conseil et la Commission - pour faire passer un texte sur la responsabilité environnementale des entreprises, quand il répond à nos questions sur la série qu'il co-écrit. "Tout ce que j'entends sur l'Europe, ce monstre froid avec des eurocrates assoiffés du sang des nations, est complètement contraire à ce que je vis au quotidien, sourit ce conseiller politique du groupe Renew. Au Parlement, les gens se donnent du mal pour faire avancer le schmilblick et on se marre beaucoup... Le tout dans 24 langues !"

À l'écran, Parlement relève le défi de raconter la technocratie européenne par la caricature et l'exagération. Chaque spécificité nationale en prend pour son grade, et les complots ne sont jamais loin. Contrairement aux journalistes, qui ont toutes les peines du monde à rendre attachante cette Union européenne, les scénaristes s'en donnent à coeur joie en montrant des coulisses souvent peu reluisantes, toujours récréatives. "L'Europe a une mauvaise habitude de se présenter au monde comme très lisse, parfois un peu chiante, regrette Maxime Calligaro. Avec Parlement, notre job est de tirer profit du conflit qui existe en coulisses pour aboutir à un amendement, un consensus, un compromis... En réalité, ce sont le fruit de nombreuses tractations, de batailles et de coups bas."

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La série comique est aussi un moyen de réduire l'éloignement des citoyens avec leurs élus et les fonctionnaires européens. "A Bruxelles ou à Strasbourg, tout le monde est conscient que l'UE a un problème d'image et de visibilité, pose Noé Debré. En ouvrant grand leurs portes, ils se sont dit que la série était un pari à prendre." Un pari plutôt gagnant, puisque la série prépare déjà sa troisième saison et devrait prendre un rythme de sortie annuel.

"Parlement est une bonne série, qui a le mérite d'ouvrir la voie à d'autres séries européennes plus politiques, estime Guillaume Klossa, fondateur du think tank EuropaNova et ancien dirigeant de l'Union européenne de Radiotélévision, l'entreprise commune des médias de service public européens. Aujourd'hui, il y a matière à avoir des fictions comme The West Wing ou Borgen à l'européenne, avec de vraies intrigues politiques."

Autre signe de son succès, Parlement fait débuter un acteur prometteur dans sa saison 2 : Clément Beaune, le ministre des Affaires européennes d'Emmanuel Macron. Si le membre du gouvernement français ne donne que deux fois la réplique, il a reçu un joli message de félicitations de l'équipe après le tournage. Un petit SMS, condensé de tout l'humour de cette série : "A star is Beaune."

Parlement :

Saison 1, sur France 5, chaque lundi à 21 heures, à partir du 9 mai 2022.

Saison 2 : disponible gratuitement en intégralité sur france.tv