Productivité accrue, garantie de recevoir un traitement en un mois au maximum, patients satisfaits à près de 90%... Au Danemark, le système hospitalier public s'est refait une belle santé après une réforme centralisatrice qui, en 2007, a réduit d'un tiers le nombre d'établissements. "Avant, il y avait trop de petits hôpitaux (moins de 100 lits), résume Karsten Vrangbæk, professeur en santé publique à l'université de Copenhague. Ils proposaient tous les mêmes services et la qualité de service était globalement insuffisante."
Coauteur d'une étude analysant les conséquences de la réforme, il estime qu'avec le système actuel, "les hôpitaux danois sont plus flexibles et mieux armés pour faire face à une crise inattendue comme celle du Covid-19", qui, au 23 mars, avait fait 13 morts dans ce pays de 5,8 millions d'habitants. Pour l'instant, le système hospitalier a su gérer le nombre de malades (1 517 cas déclarés), même si le pic de l'épidémie n'a pas encore eu lieu.
De 40, le nombre d'hôpitaux publics muni de services d'urgence est passé à 21. Dont cinq ultramodernes, équipés de chambres individuelles. S'y ajoutent douze établissements destinés à des traitements de long terme, comme le cancer. "Les gens ont accepté les fermetures parce qu'ils ont compris qu'ils seraient mieux traités dans des structures mieux dotées financièrement", pointe Kjeld Møller Pedersen, professeur en économie de la santé, qui siégeait dans la commission ayant conseillé le gouvernement de centre droit au moment de la réforme. La gestion des hôpitaux, elle, est passée de l'autorité du comté à celle de la région.
"Ça vaut la peine de payer autant d'impôts!"
Victime d'une crise cardiaque, Finn Breinholt Larsen, chercheur habitant à Aarhus (centre du pays), se souvient avoir été "bien traité par un personnel compétent". Prestation, information, suivi postopératoire : rien à reprocher. "Ça vaut la peine de payer autant d'impôts !", ajoute-t-il. De fait, le secteur danois de la santé, essentiellement public et gratuit, est financé par les contribuables, comme le reste de l'Etat-providence.
Le royaume est l'un des pays de l'Union européenne où la fiscalité est la plus lourde. Autre particularité toute scandinave : "La réforme de 2007 a fait l'objet d'une consultation et d'un consensus politique tels qu'elle a pu survivre, depuis sa mise en application, à plusieurs changements de majorité parlementaire", observe Kjeld Møller Pedersen.
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Environ 90% des spécialités médicales sont proposées dans chacune des cinq régions du pays. Les autres, encore plus pointues, comme la chirurgie cardiaque, ont été réparties ici ou là par la puissante Direction nationale de la santé. Les régions n'ont pas eu le choix : leurs hôpitaux fonctionnent grâce à l'argent de l'Etat central. Et gare à ceux qui ne respectent pas les délais garantis de diagnostic et de traitement (un mois chacun), introduits dès 2002. "Ces retards sont publiés dans les médias et les hôpitaux incriminés, montrés du doigt, ce qui pousse les régions à réagir", ajoute ce même professeur.
La recette danoise présente toutefois des bémols. En dix ans, le nombre de malades a augmenté nettement plus vite que celui des médecins et infirmières disponibles. Les syndicats s'en inquiètent et dénoncent une pression croissante au travail. De plus, souligne Karsten Vrangbæk, les soins administrés au niveau des communes ont été "négligés dans la réforme" et leur "coopération avec les hôpitaux est insuffisante". L'actuel gouvernement de centre gauche assure vouloir y remédier. Mais le Covid-19 a tout gelé.
