L'affaire des sous-marins australiens n'est pas seulement celle d'un torpillage économique. C'est toute la stratégie de la France dans l'Indopacifique qui est percutée de plein fouet par un Joe Biden décidément bien cavalier avec ses alliés. Dévoilée par Emmanuel Macron en 2018, elle consiste à nouer des accords de coopération - économiques, militaires - avec plusieurs acteurs régionaux, au premier rang desquels l'Australie et l'Inde.

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Consciente de la menace chinoise, l'approche française propose néanmoins une troisième voie à des pays rechignant à choisir un camp dans la nouvelle guerre froide qui oppose Pékin et Washington dans cette zone Asie-Pacifique de tous les dangers. En enrôlant l'Australie, l'un des piliers du dispositif français, et la Grande-Bretagne dans un accord de sécurité tripartite destiné à contrer la Chine, le président américain impose au contraire une logique de confrontation entre deux blocs.

L'idée de défense européenne en ligne de mire ?

Quel besoin avait Washington d'écarter et humilier Paris ? L'Amérique a peut-être voulu montrer à la France, en pointe sur l'idée "d'autonomie stratégique" européenne en matière de défense, et aux Vingt-Sept, que c'est elle qui dicte les règles dans la région. Et qu'il faut en quelque sorte être "avec elle ou contre elle" face à Pékin, pour paraphraser George W. Bush en 2001.

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Paris, qui défend de vastes intérêts dans le Pacifique sud et y déploie ses forces militaires, a douloureusement été ramenée à son statut de puissance de deuxième rang. Dans un contexte plus compliqué, il va lui falloir convaincre ses partenaires asiatiques qu'elle peut encore incarner une alternative. Avec ou sans l'Australie.