Les élections de mi-mandat, ce mardi, ne ressemblent à aucune autre. En s'engageant dans la bataille depuis des mois, de meeting en meeting, Donald Trump a personnalisé la campagne des midterms et transformé ce scrutin en référendum autour de sa personne. En règle générale, les présidents en exercice se tiennent en retrait de cette élection intermédiaire à risque, afin de ne pas être associé à une possible défaite de leur camp.

Dans cet vaste pays de 320 millions d'habitants, les bureaux de vote sont ouverts depuis quinze jours (et même trente, dans certains Etats). Les électeurs sont invités à renouveler un tiers du Sénat (33 sièges sur 100), la totalité de la Chambre des représentants (435 élus) et les gouverneurs d'une trentaine d'Etats.

Comparables à nos députés français, les "représentants" sont élus pour deux ans. Les sénateurs, eux, le sont pour six et les gouverneurs, pour quatre. Le Congrès, à savoir le Sénat et la Chambre des représentants, est actuellement aux mains du Parti républicain.

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Fiefs électoraux

A la Chambre des représentants, la chambre basse, présidée par le Républicain Paul Ryan (élu du Wisconsin, qui ne se représente pas), les Républicains dominent la situation depuis 2013. Ils détiennent actuellement 240 sièges. Le Parti démocrate, dont la Californienne Nancy Pelosi dirige le groupe parlementaire, en disposent de 195.

La différence entre 240 (nombre actuel d'élus républicains) et 195 (élus démocrates) étant 45 sièges, il suffit au Parti démocrate de gagner la moitié de cette différence, soit 23 sièges, pour reconquérir la majorité à la Chambre.

Toutefois, le résultat de la plupart des 435 duels électoraux de mardi sont connus d'avance, car la majorité des circonscriptions sont des fiefs électoraux de l'un ou l'autre camp. En pratique, seuls une trentaine ou une quarantaine de circonscriptions sont susceptibles de changer de camp. La bataille est donc serrée.

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Quoi qu'il en soit, si Donald Trump et le camp républicain conservent la majorité, il s'agira d'un exploit : au cours des cent dernières années, le président nouvellement élu n'est parvenu que trois fois à conserver sa majorité lors des midterms suivant sa première élection. Si, au contraire, ils parviennent à contenir la "vague bleue" annoncée depuis plusieurs mois par le Parti démocrate (le bleu est la couleur du parti), ils pourront fanfaronner.

La participation s'annonce élevée

Pour l'heure, la mobilisation électorale des deux camps augure d'une participation inhabituellement élevée. Et rend les pronostics hasardeux.

Si le Parti démocrate l'emporte, il sera en mesure de bloquer le programme législatif de Donald Trump et de lancer des enquêtes sur le président et sa famille mais pas de faire "tomber" le président au moyen d'un d'impeachment : cette forme très particulière de destitution requiert, en bout de procédure, un vote de confirmation de deux tiers des sénateurs. Une éventualité impensable.

Au Sénat, les démocrates sur la défensive

Au Sénat, la chambre haute, les Républicains contrôlent la majorité par 51 sièges contre 49. Compte tenu de la carte électorale, il est impossible ou presque, pour les Démocrates, de reconquérir la majorité perdue voilà deux ans. La grande majorité des 33 élections (seul un tiers des 100 sièges sont renouvelés) se déroulent en effet dans des fiefs démocrates.

Vingt-cinq sièges démocrates sont en jeu, ce qui signifie que le parti de Barack Obama a plus à perdre qu'à gagner. Sur 25 de ces circonscriptions, 15 sont imperdables mais 10 pourraient basculer du bleu vers le rouge (couleur du Parti républicain). Le Parti démocrate est donc sur la défensive.

A l'inverse, seuls huit sièges de sénateurs républicains sortants sont en jeu. Parmi eux, deux seulement risquent de basculer dans le camp démocrate.

Gagner 12 duels sur 12...

Au Sénat, le match se joue donc dans 12 circonscriptions (10 démocrates et 2 républicaines) susceptibles de changer de couleur. Pour reconquérir le Sénat, les Démocrates doivent non seulement conserver les 10 sièges "perdables" mais également battre les Républicains dans deux circonscriptions "prenables". Autant dire, gagner 12 duels sur 12 !

"La carte électorale du Sénat n'a jamais été aussi favorable pour l'un ou l'autre parti qu'elle ne l'est cette année pour les Républicains", explique le consultant conservateur Matt Mackoviak, à la tête du Potomac Strategy Group. Selon le consultant, "le scénario d'une victoire démocrate au Sénat est hautement improbable. En fait c'est le contraire qui devrait se produire : les Républicains gagneront probablement une poignée de sièges au Sénat, comme le Missouri, le Dakota du Nord et, peut être, la Floride."

Un pas en avant, un pas en arrière

Si tel est le cas, l'Amérique pourrait se réveiller mercredi avec une situation difficile à interpréter politiquement, avec des Républicains qui reculent un peu à la Chambre des représentants mais qui progressent au Sénat. Bref, un pas en avant, un pas en arrière.

Le contrôle du Sénat est fondamental pour la politique de Trump. Outre la nomination des juges de la Cour suprême (les neuf postes sont désormais pourvus avec la confirmation, le mois dernier, de Brett Kavanaugh), la chambre haute valide celles des juges de district et des juges de cour d'appel.

Or au cours des deux années écoulés, Donald Trump a déjà fait valider 84 nouveaux juges - un chiffre considérable - aux différents étages de l'appareil judiciaire, faisant pencher celui-ci vers un conservatisme appuyé. A ce rythme, 50 à 100 autres magistrats conservateurs pourraient être promus dans les deux prochaines années si le Sénat reste républicain.

Restent les élections au poste de gouverneur, dont une large majorité est aux mains des républicains. Mais le nombre de gouverneurs dans un camp ou l'autre est sans incidence sur le fonctionnement de la présidence américaine.