Le Web chinois s’en prend à la France
Les appels au boycott français de la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin et le fiasco de la flamme olympique à Paris ont piqué au vif une partie de la population chinoise.

Sur la Toile, des internautes chinois s’en prennent violemment à la France. "Maintenant, je déteste la France", disent certains. D’autres, comme l’a fait le numéro 2 de l’ambassade de Chine à Paris avant de s’excuser, comparent les émeutes tibétaines aux violences urbaines de Villiers-le-Bel que la France aurait "oubliées"…

Représailles plus originales: d'autres internautes appellent à soutenir l'indépendance de la Corse pour répondre, en miroir, aux positions françaises sur le Tibet. L'un d'eux demande même de diffuser des T-shirts et des drapeaux sur lesquels figurent l’’image de l’île de Beauté, afin de les exhiber lors des JO de Pékin au mois d’août.

Sur plusieurs forums de discussion circulent aussi des appels, aux termes très agressifs, à boycotter les produits français, notamment les marques les plus présentes en Chine, celles du luxe, de la distribution et de l'automobile.

La crainte du boycott…
Et les tensions actuelles commencent à inquiéter les entrepreneurs français à Pékin. "L'affaire est très grave", estime sous couvert de l'anonymat une source du milieu des affaires français.

L'année dernière, la Chambre de commerce et d'industrie française en Chine (CCIFC) avait indiqué avoir passé la barre des mille entreprises, ce qui représente un chiffre d'affaires de 20 milliards d'euros et la création de 250 000 emplois dans le géant asiatique.

Ces entreprises risquent-elles d’être ébranlées par ces appels au boycott?"Cela risque de largement compliquer les choses pour les Français en Chine", ajoute cette même source.

… et ses nuances
Cependant, les plus optimistes se rassurent avec les réactions modérées de la presse officielle chinoise aux incidents sur le parcours de la flamme à Paris. "Manifestement, les Chinois ont décidé de minimiser les incidents. Selon l'évolution, ils se laissent toutes les options possibles", estime André Chieng, vice-président du Comité France-Chine.

La situation peut affecter les intérêts de la France en Chine, "pour autant que la France se démarque des autres pays occidentaux. Qu'une forme de sentiment anti-occidental voie le jour en Chine m'apparaît comme un risque, et même plus. La France souffrirait-elle davantage? Pas sûr", relève Jorge Mora, patron de Veolia environnement pour l'Asie.

L’exemple allemand
Les relations sino-allemandes ont aussi connu plusieurs mois de vives tensions après qu’Angela Merkel a rencontré le dalaï-lama et pris des positions bien plus tranchées que celles de la France, avant une normalisation en janvier.

Louis de Broissia, sénateur UMP de Côte d’Or et président du groupe d'information du Sénat sur le Tibet, estime d’ailleurs que la France est encore "trop polie" à l’égard de la Chine. "C’est une erreur de croire qu’une attitude plus ferme serait nocive à nos intérêts économiques. Si la Chine veut des Airbus ou des contrats nucléaires, elle signe: peu importe que l’on reçoive le leader tibétain ou non!"

Mais les experts relèvent aussi que le commerce français vis-à-vis de la Chine est plus vulnérable que celui de l'Allemagne, fonctionnant par à-coups et gros contrats comme ceux signés lors de la visite de Nicolas Sarkozy en novembre dernier, et non dans un flot continu comme les Allemands.