La Station spatiale internationale est un peu devenue sa "deuxième maison". Thomas Pesquet, de retour dans l'espace après y avoir passé plus de six mois entre 2016 et 2017, ne boude pas son plaisir. Flottant en apesanteur, tout en jouant avec une mappemonde gonflable, l'astronaute français s'est prêté, vendredi, à 20 minutes de questions-réponses avec la presse, depuis un module encombré de câbles et de fils de la Station.
"J'ai retrouvé des amis, j'ai retrouvé mes habitudes", a confié Thomas Pesquet, 43 ans, en expliquant que rien n'avait vraiment changé dans l'engin, situé en orbite à quelques 400 kilomètres de la Terre. Retour sur une semaine bien chargée et le début d'une longue aventure là encore de six mois.
Vendredi 23 avril : le décollage
La véritable nouveauté, par rapport à la dernière fois, a été de la rejoindre à bord de la capsule Crew Dragon, de l'entreprise privée américaine SpaceX, dont c'était seulement la troisième mission habitée vers l'ISS. Thomas Pesquet l'a trouvée "super confortable au décollage", a-t-il expliqué aux journalistes réunis dans les locaux parisiens du Centre national d'études spatiales (CNES). Mais qu'on ne s'y trompe pas, "si on aime les manèges de foire et les sensations fortes, un décollage en fusée c'est ce qu'on peut faire de mieux".
Ce qui explique le moment visible d'hilarité qui a saisi les quatre astronautes en quittant la Terre samedi dernier: "C'était vraiment un grand, grand moment, on riait tous dans la capsule, - en étant sérieux -, parce que les sensations sont phénoménales". Les 26 heures du voyage vers l'ISS n'ont pas été de tout repos, le centre de contrôle ayant réservé une surprise aux astronautes, avec un exercice d'urgence.

Thomas Pesquet (à gauche) et les astronautes de la NASA Megan McArthur et Shane Kimbrough, ainsi que l'astronaute de l'Agence aérospatiale japonaise (JAXA) Akihiko Hoshide, avant la mission Crew-2, le 23 avril 2021, au centre spatial Kennedy de la NASA en Floride.
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Retrouvailles
Arrivé à bord de la Station spatiale internationale le samedi, l'astronaute a pu retrouver des collègues déjà présents sur place. "Hard Capture terminée, bienvenue à Crew-2", a déclaré l'astronaute américain Shannon Walker, actuel commandant de l'ISS. "Merci Shannon, nous sommes heureux d'être ici, nous vous reverrons tous dans quelques minutes", a répondu le commandant d'Endeavour, l'astronaute américain Shane Kimbrough.

Thomas Pesquet, au centre, s'exprimant lors d'une cérémonie d'accueil avec des membres d'équipage de la Station spatiale internationale et des membres d'équipage du vaisseau spatial Crew Dragon de SpaceX, le 24 avril.
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Survol du globe et sorties extra-véhiculaires
Thomas Pesquet attend de passer de "grands moments avec les sorties extra-véhiculaires", et notamment l'installation de nouveaux panneaux solaires "à une cinquantaine de mètres du sas de sortie, au-dessus du vide". Il va surtout travailler sur de nombreuses expériences - 232 exactement - en compagnie de six autres astronautes, à bord de ce vaste laboratoire en apesanteur.
"Le but d'être ici, c'est la recherche", rappelle l'astronaute. Qu'il s'agisse d'étudier des revêtements anti-microbiens pouvant trouver une application sur Terre pour éviter les contaminations de surfaces, ou l'évolution de mini-cerveaux, des cellules souches "qui ne se comportent pas comme au sol". Cette dernière expérience, supervisée par le Cadmos, une division du Cnes, a sa faveur : "J'ai hâte de jouer un peu au savant fou".
En attendant, Thomas Pesquet se livre à son rituel favori : ses photos de la planète sur Twitter, et plus particulièrement du territoire français, qu'il est amené à survoler régulièrement.
La vie à onze
Le séjour dans l'espace, c'est aussi "beaucoup de petits moments", souffle encore Thomas Pesquet, avec en fond sonore la célébration par le reste de l'équipage de l'anniversaire de l'Américain Victor Glover, à l'heure du petit-déjeuner. "On a installé des petits ballons avant qu'il se lève", explique-t-il, en soulignant l'intérêt de cette "vie en communauté, avec le sentiment d'être en mission".
Une vie où il faut aussi s'accommoder d'une certaine promiscuité, dans cet endroit clos "où il y a du monde à peu près partout". Avec le chevauchement des équipages arrivant et partant, ils sont actuellement onze, et "on a que six couchettes". Une septième devrait arriver avec une mission prochaine.
Encore plus attendue, une troisième toilette pour la station, explique l'astronaute, pour lequel le seul vrai inconvénient de l'ISS, c'est d'avoir seulement "un système de toilettes côté russe et un côté américain", ce qui occasionne parfois une file d'attente.
