Ce samedi 1er octobre, à la veille du scrutin, les deux favoris de l'élection présidentielle brésilienne, Lula et Jair Bolsonaro, abattent leurs dernières cartes dans la campagne électorale à Sao Paulo, la plus grande ville du pays. Ces dernières heures sur le terrain s'annoncent "très tendues". "Tout le monde observera les moindres détails qui pourraient faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre", a indiqué à l'AFP Jairo Nicolau, politologue à la Fondation Getulio Vargas.
Deux personnages vivement opposés
Cette tension était déjà palpable jeudi soir lors du dernier débat télévisé sur la chaîne TV Globo, la plus regardée du pays. Lula et Bolsonaro se sont rendus coup pour coup, se traitant tour à tour de "menteur" et de "corrompu". Le président sortant Jair Bolsonaro, qui mène également une intense campagne sur les réseaux sociaux, a qualifié l'ancien tourneur fraiseur de "traître à la patrie". Lula a rétorqué qu'il allait le "renvoyer à la maison" en gagnant dès le premier tour des élections. L'ex-président reproche à l'actuel, un ancien militaire, leader d'extrême droite, d'avoir armé les Brésiliens et décimé la forêt amazonienne. Bolsonaro, lui, se targue d'avoir fait reculer les chiffres du chômage.
L'institut de sondages Datafolha donnait, jeudi soir, Lula encore largement en tête des intentions de vote, avec 14 points d'avance sur Bolsonaro (48% contre 34%). Pour obtenir un troisième mandat dès dimanche, l'ex-président, qui a fait campagne sur le "vote utile", doit obtenir au moins 50% des votes exprimés, c'est-à-dire sans les bulletins nuls ni les blancs.
La crainte d'une passation de pouvoir difficile
S'il revenait au pouvoir, Lula, 76 ans, président de 2003 à 2010, a admis vendredi en conférence de presse craindre des "troubles" durant la période de transition entre les deux gouvernements, qui doit s'étaler jusqu'au 1er janvier. Jair Bolsonaro a donné de nombreux signes indiquant qu'il pourrait ne pas reconnaître les résultats en cas de défaite. Il a notamment invoqué des risques de "fraude", sans toutefois apporter de preuve.
La semaine dernière, le chef de l'Etat avait affirmé qu'il serait "anormal" qu'il n'obtienne pas au moins 60% des voix au premier tour, et a multiplié les attaques contre le système d'urnes électroniques, en vigueur au Brésil depuis 1996. "Les résultats des urnes seront respectés à condition que les élections soient propres et transparentes", a-t-il déclaré durant la campagne. La question est jugée sérieuse, à tel point que les Etats-Unis s'en sont mêlés.
Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a dit, vendredi, s'attendre à ce que le Brésil démontre la solidité de ses institutions démocratiques lors du premier tour de l'élection présidentielle. Avec l'augmentation exponentielle des permis de port d'armes sous la présidence de Bolsonaro, les experts redoutent des incidents violents, à l'image de l'invasion du Capitole à Washington après la défaite de Donald Trump à la présidentielle américaine, en janvier 2021.
1 627 mandats à pouvoir
Le duel à couteaux tirés accapare toute l'attention, mais les électeurs choisiront aussi dimanche leurs députés, sénateurs et gouverneurs d'Etats. Au total, 1 627 mandats sont en jeu lors de ces élections générales, pour lesquelles plus de 156 millions de Brésiliens sont appelés aux urnes.
Le paysage politique est composé d'une myriade de petites formations, dont celles du "Centrao", des partis qui monnayent le plus souvent leur soutien contre des postes au gouvernement ou des subventions pour leurs fiefs électoraux. Au total, pas moins de 23 partis se répartissent les 513 sièges de la Chambre des députés.
