Il est peu probable que Hollywood transforme cette histoire en scénario, même si elle n'a rien à envier à certains films d'espionnage. Mercredi 10 août, les autorités judiciaires américaines ont rendu public l'inculpation, en son absence, de l'iranien Shahram Poursafi, un Gardien de la Révolution accusé d'avoir ourdi un plan pour assassiner l'ancien conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton. Un procès "ridicule", a rétorqué ce jeudi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanani. "Les autorités judiciaires américaines ont porté des accusations sans fournir de preuves valables", a-t-il dénoncé.

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Selon le rapport d'enquête du FBI, l'objectif était de venger la mort du général Qassem Soleimani, chef de l'unité en charge des opérations extérieures au sein des Gardiens de la Révolution, tué par une frappe américaine le 3 janvier 2020. L'Iran avait juré que ce crime ne resterait pas impuni. Et en farouche opposant à l'accord sur le nucléaire iranien, John Bolton ressemblait, aux yeux des conservateurs iraniens, à une cible idéale. Selon le FBI, le projet de Shahram Poursafi était de supprimer l'ancien conseiller avant le deuxième anniversaire de la mort de Soleimani, soit avant le 3 janvier 2022.

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Pour remplir cette délicate mission, Poursafi a cherché un tueur, et jeté son dévolu sur un homme de main au profil atypique puisqu'il s'agit d'un informateur du FBI. De quoi rendre la vengeance encore plus savoureuse. Il a demandé à sa recrue d'ouvrir un compte en cryptomonnaies, tout en le pressant d'agir au plus vite. Il attendra longtemps, l'homme n'ayant jamais eu l'intention de tuer Bolton, mais au contraire de l'aider. Mis au courant par le FBI des intentions le concernant, John Bolton a accepté de collaborer à l'enquête, allant jusqu'à "poser" à la sortie de l'immeuble où il travaille, afin que son tueur supposé puisse envoyer des photos au donneur d'ordre. Après avoir accumulé une quantité suffisante de preuves, le FBI a donc décidé d'inculper Poursafi. Actuellement en Iran, ce dernier n'a pratiquement aucune chance d'être jugé. Mais pour Washington l'essentiel est ailleurs.

L'affaire soulève la question du nucléaire iranien

La mise au jour du complot visant un farouche opposant à tout accord sur le nucléaire iranien, que les Etats-Unis ont signé en 2015 avant d'en sortir en 2018, jette un froid alors que l'administration Biden participe indirectement, depuis 18 mois, à de nouvelles négociations avec l'Iran et l'Union européenne. Pour autant, cette affaire n'étonne pas Washington, qui déclarait en janvier dernier, par la voix de son actuel conseiller à la sécurité nationale, Jack Sullivan, que l'Iran avait l'intention "de mener des opérations terroristes aux Etats-Unis". Dans un communiqué, le procureur général adjoint pour la sécurité nationale, Matthew G. Olsen, a confirmé que les autorités n'avaient pas été surprises par les velléités funestes de Poursafi. "Ce n'est pas la première fois que nous découvrons des complots iraniens visant à se venger d'individus sur le sol américain, et nous travaillerons sans relâche pour exposer et perturber chacun de ces efforts", a-t-il déclaré.

De son côté, John Bolton, qui a toujours défendu auprès du président Trump l'idée que la seule manière d'obliger Téhéran à stopper son programme nucléaire était de paralyser son économie, profite de sa position de victime pour rappeler que le programme nucléaire iranien et ses activités terroristes constituent, pour lui, "les deux faces d'une même pièce". L'administration Biden estime, elle, que les deux questions ne sont pas liées. Ainsi, ces révélations semblent mettre en avant les idées de l'ancien président Donald Trump, de retour sur le devant de la scène et qui ne demande que cela pour avoir une chance de revenir au pouvoir en 2024.