"Notre maison brûle", disait Jacques Chirac. La phrase de l'ancien président français est chaque année davantage d'actualité alors que des incendies ravagent cet été à la fois la Californie, l'Amazonie et la Sibérie. Des "mégafeux" qui ont des origines différentes et des conséquences souvent désastreuses pour le climat.
Ce dimanche, les incendies continuaient de ravager le nord de la Californie autour de San Francisco, favorisés par les conditions climatiques qui devraient se détériorer dimanche avec du vent et de nouveaux orages. Le plus grand foyer de la région, le LNU Lightning Complex, situé au nord de San Francisco, est désormais le deuxième incendie le plus dévastateur de l'histoire de la Californie, avec plus de 127 000 hectares détruits.
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Des feux d'une virulence rare due à une grave sécheresse même si la région est une habituée du phénomène, explique à L'Express François Gemenne, membre du GIEC, chercheur à l'université de Liège et enseignant à Science Po. Selon ce spécialiste des questions de géopolitique de l'environnement, ces épisodes vont se multiplier à l'avenir et se produire "au moins une fois par an". "Il fait de plus en plus chaud et il pleut de moins en moins donc ça brûle, résume-t-il. On assiste à la multiplication de ces phénomènes comme l'a prédit le GIEC dans ses différents rapports depuis 30 ans". A court, termes, les conséquences sont surtout humaines avec notamment des évacuations d'habitants qui perdent leur maison dans les flammes, mais ces "mégafeux" ont aussi une incidence sur le climat en rejettant en masse du CO2 dans l'atmosphère. Toutefois, la Californie n'est pas une forêt primaire et les conséquences de ces feux ne sont pas les mêmes qu'en Amazonie, par exemple.
Des incendies déclenchés par l'homme en Amazonie
En ce qui concerne la forêt amazonienne souvent qualifiée de poumon vert de la planète, l'origine des feux est humaine, et les conséquences dramatiques pour le climat. "Jair Bolsonaro s'est fait élire avec la promesse de brûler la forêt amazonienne [située à 60% au Brésil] pour laisser de la place aux cultures et aux pâturages, donc il le fait", lance François Gemenne d'un air désabusé.

Un incendie s'est déclaré dans la région de Porto Velho, en Amazonie brésilienne. © Christian Braga / Greenpeace
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D'août 2019 à juillet 2020, la déforestation a augmenté de 34,5% par rapport à 2018-2019 qui était déjà une année record, selon les données encore provisoires de l'Institut national de recherches spatiales (Inpe) qui mesure par satellite les pertes de la forêt. 9 207 km² de forêt ont ainsi disparu.
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Là-bas, les répercussions de ces feux peuvent être désastreuses car, contrairement à la Californie, ces incendies "rejettent énormément de dioxyde de carbone, ce qui participe au réchauffement de la planète", ajoute-t-il. D'autre part, sur le long terme, "on va assister à une baisse drastique de la biodiversité ainsi qu'à un réchauffement climatique plus rapide car les forêts tropicales comme l'Amazonie absorbent entre 10% et 12% du CO2 dans l'atmosphère", alerte le membre du GIEC qui insiste sur le "gros problème" que ces incendies posent pour le climat.
Alerte à la fonte du pergélisol en Sibérie
L'inquiétude grimpe encore d'un cran avec les feux en Sibérie. Depuis janvier, cette région du monde bat des records de températures qui, selon chercheurs du World Weather Attribution, auraient été "presque impossibles" à atteindre "sans l'influence humaine". Des records de températures qui entraînent sécheresse et donc feux de forêts. "La probabilité d'occurrence est multipliée par 600 à cause du changement climatique", confirme François Gemenne.
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Des incendies qui menacent le pergélisol, cette couche minérale contenant de la matière organique gelée et qui reste normalement à des températures négatives (entre 0°C et -25°C selon les régions) toute l'année. "D'après les forages réalisés en Sibérie mais aussi dans le nord du Canada ou l'Alaska, on voit que mondialement tout le pergélisol sur terre se réchauffe", expliquait en juillet à L'Express, Antoine Séjourné, maître de conférences au laboratoire Géosciences de l'université Paris-Sud.
"S'il fond, le changement climatique deviendra hors de contrôle", et on tombera alors dans un cercle vicieux inextricable, prévient pour sa part François Gemenne alors que les incendies cette année sont "d'une ampleur exceptionnelle". "Le vrai gros problème, c'est donc la fonte du pergélisol. Pour le moment, il a libéré en six mois l'équivalent des émissions annuelles de CO2 d'un pays comme Israël", illustre-t-il.
Une solution qui passera par les urnes
Pour lui, la solution est éminemment politique. "Les trois dirigeants de ces pays [Donald Trump, Jair Bolsonaro et Vladimir Poutine] sont climatosceptiques, ce sont les trois principaux dirigeants qui ne croient pas au réchauffement climatique, donc le changement viendra des urnes", affirme le chercheur. "Il n'y aura pas de solutions tant qu'il y aura autant de chefs d'Etat qui font de l'inaction politique une promesse de campagne", ajoute-t-il à 71 jours de la présidentielle américaine.
La France, elle, n'est pas non plus épargnée par les feux de forêts qui, là aussi, "vont être de plus en plus fréquents". "Ça fait trente ans qu'on le dit", lâche François Gemenne.
