Disparu le 26 août 2017, Negro Matapacos est encore plus grand mort que vivant. Au panthéon canin, il est aussi célèbre dans son pays que Rintintin aux États-Unis ou Laïka en Russie. La notoriété de ce cabot noir remonte en tout cas à 2011, année de sa participation aux manifestations estudiantines - les plus importantes depuis le retour de la démocratie. Aux côtés de la jeunesse de Santiago, qui réclame une éducation de qualité pour tous, le toutou s'amuse comme un fou, surtout lorsque la police charge la foule ou la repousse avec ses canons à eau.

Il devient vite la mascotte des étudiants, qui nouent un foulard à son cou. Des ultras le surnomment "Negro Matapacos (Noir Tueur de flics)". Des journalistes lui consacrent des reportages. Depuis sa mort, le chien errant appartient à la légende urbaine. Aujourd'hui encore, des habitants de Santiago affirment l'avoir aperçu récemment.

Icône de la protestation sociale

Une certitude : à l'occasion de l'explosion sociale qui secoue le pays depuis d'octobre dernier, l'animal a ressuscité. Des milliers de manifestants de tous horizons protestent contre le système économique néolibéral hérité de la dictature Pinochet (1973-1990) et porté par le gouvernement du président Sebastian Piñera (droite). Malgré des indicateurs macroéconomiques flatteurs, le Chili demeure en effet très inégalitaire : 1 % de la population concentre un tiers de la richesse nationale. La classe moyenne est surendettée. Et les retraités peinent à joindre les deux bouts.

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Le célèbre chien réapparaît sous la forme d'une statue de 3 mètres, portée à bout de bras par les manifestants. Son effigie orne aussi tee-shirts, drapeaux, porte-clefs, tasses à café, posters et, un peu partout, les murs de Santiago. La sculpture, en plastique et papier mâché, est installée à quelques rues de la plaza Italia, épicentre des protestations. Vandalisée deux fois, brûlée et décapitée, elle a chaque fois été remise sur pattes par des artistes ou des passants. Par mesure de protection, la dernière version est métallique et ignifugée.

Pendant ces réparations, les manifestations ont cessé, essentiellement en raison de la coupure estivale dans l'hémisphère Sud. Mais elles devraient reprendre en mars, avec la rentrée scolaire et le lancement de la campagne pour le référendum du 26 avril, sur la révision de la Constitution héritée de Pinochet. Pour l'instant, Negro Matapacos se tient tranquille. Il attend son heure.