Facebook a pris lundi la décision tout à fait inhabituelle de bloquer des membres de la junte birmane. Le réseau social joue un rôle crucial dans l'accès à l'information pour une population qui n'a pu se brancher sur la toile que depuis très récemment après un demi-siècle sous régime militaire.

En raison de la prévalence du réseau, la Birmanie compte 18 millions de comptes Facebook pour une population de 51 millions d'habitants, l'armée et des moines bouddhistes extrémistes birmans se servent abondamment de la plateforme pour diffuser leur propagande.

Le chef de l'armée banni

Sont bannis, le général Min Aung Hlaing, le chef de l'armée et une vingtaine d'autres individus ou organisations birmanes que "des experts internationaux (...) ont établis comme ayant commis ou permis de graves violations des droits de l'homme".

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Rangoun a fait savoir qu'elle avait pris contact avec Facebook afin d'en savoir plus sur cette décision. "Les règles communautaires doivent être équilibrées", a confié lundi soir à des médias locaux le porte-parole du gouvernement birman, Zaw Htay, faisant référence aux conditions d'utilisation du réseau social.

Facebook a reconnu avoir pris une telle mesure pour la première fois, en réponse à une situation "unique". Son annonce intervient le jour même où les enquêteurs de l'ONU ont demandé que la justice internationale poursuive le chef de l'armée birmane et cinq autres hauts gradés pour "génocide", "crimes contre l'humanité" et "crimes de guerre" à l'encontre des musulmans rohingyas.

Près de 3 millions d'abonnés

Le chef de l'armée avait deux comptes avec 1,3 et 2,8 millions d'abonnés respectivement. Les publications sur ces deux pages traitaient les Rohingyas de "bengalais", une façon de laisser entendre qu'ils n'avaient pas leur place dans le pays à majorité bouddhiste.

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Ces pages niaient également les atrocités commises pendant la campagne de l'armée, qui l'a justifiée par la nécessité d'éliminer des rebelles rohingyas. Ces violences, dont l'existence est avérée indépendamment, a forcé quelque 700 000 Rohingyas à fuir la Birmanie pour se réfugier au Bangladesh voisin où ils vivent dans des conditions très précaires.

Au total, ce sont 52 pages, suivies par 12 millions de personnes, qui ont été fermées, mais Facebook a indiqué que les données qu'elles contenaient ont été préservées.

Des enfants réfugiés rohingyas attendent une distribution de nourriture au camp de Thankhali, le 12 janvier 2018 au Bangladesh

Des enfants réfugiés rohingyas attendent une distribution de nourriture au camp de Thankhali, le 12 janvier 2018 au Bangladesh

© / afp.com/Munir UZ ZAMAN

Facebook était devenu "un monstre"

Si c'est la première fois que Facebook s'en prend ainsi à l'armée birmane, la plateforme a été accusée depuis des mois de ne pas réagir assez vite.

Les enquêteurs de l'ONU avaient jugé que Facebook était devenu "un monstre" en Birmanie et des groupes de défense de droits de l'homme reprochaient au réseau de mettre plusieurs jours à fermer un compte, laissant au contenu le temps d'être diffusé très largement et de devenir viral.

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Le rapport de l'ONU dénonce lui aussi une réponse "lente et inefficace" de Facebook. Ces derniers mois, le géant des réseaux sociaux s'est lancé dans une grande campagne de communication admettant qu'il tardait trop souvent à éliminer les contenus incitant à la violence ou niant des atrocités.

Le patron et inventeur de Facebook, Mark Zuckerberg, a fait état des violences en Birmanie à plusieurs reprises y compris lors d'une audition devant le Congrès à Washington il y a quelques mois.

Il a expliqué aux élus américains que Facebook avait l'intention d'embaucher plus de gens parlant la langue et d'avoir pris contact avec des acteurs de la société civile pour arriver à détecter plus rapidement les auteurs de propos racistes ou d'appels à la violence.