Le bilan se dessine et il est assez lourd. Environ 84 000 personnes, soit plus de 80% de la population des îles Tonga, ont été affectées par l'éruption du volcan Tonga-Hunga Ha'apai et le tsunami qui a suivi. C'est le bilan réalisé par l'ONU qui précise que des évacuations d'îles particulièrement touchées étaient en cours. "Toutes les maisons ont apparemment été détruites sur l'île de Mango et il ne reste que deux maisons sur l'île de Fonoifua" tandis que "des dégâts importants ont été signalés à Nomuka", a déclaré à New York le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric. L'éruption volcanique, entendue jusqu'en Alaska (Etats-Unis), situé à plus de 9 000 km de là, a été la plus importante enregistrée depuis des décennies - un énorme champignon de fumée de 30 km de hauteur, qui a dispersé cendres, gaz et pluies acides sur les 170 îles que compte l'archipel.
Si des conséquences sociales et économiques sont à prévoir, que savons-nous de cette éruption qualifiée par le gouvernement du Tonga de "catastrophe sans précédent" qui a tué au moins trois personnes ? Et quelles seront ses répercussions ? La réponse des scientifiques est la suivante : l'explosion du volcan Hunga n'aura très probablement pas d'effet de refroidissement temporaire sur le climat mondial. Autrement dit, elle ne devrait pas avoir de répercussions sur le long terme. Mais sur le court terme, il n'est pas à exclure qu'elle bouleverse les conditions météorologiques dans certaines parties du monde. "L'onde de choc produite par l'explosion, ainsi que la nature inhabituelle des tsunamis qu'elle a générés, inciteront les scientifiques à étudier l'événement pendant des années. Des tsunamis ont été détectés non seulement dans le Pacifique, mais aussi dans l'Atlantique, les Caraïbes et la Méditerranée", écrit le New York Times.
Pour comprendre pourquoi cette éruption ne devrait pas entraîner d'effets sur le long terme, on peut la comparer à celle du mont Pinatubo aux Philippines, qui a eu lieu en 1991. Le Pinatubo est entré en éruption sur plusieurs jours, envoyant environ 20 millions de tonnes de dioxyde de soufre gazeux dans la stratosphère ou la haute atmosphère. "Les éruptions volcaniques majeures peuvent injecter du dioxyde de soufre gazeux dans la stratosphère, entraînant la formation d'aérosols de sulfate réfléchissants qui peuvent refroidir la planète pendant quelques années en réfléchissant une partie du rayonnement solaire entrant", reprend dans un thread sur Twitter la scientifique et membre du Giec, Valérie Masson-Delmotte. L'éruption du mont Pinatubo a eu pour conséquence de refroidir l'atmosphère d'environ un demi-degré Celsius durant plusieurs années.
Une puissance expliquée par son emplacement
A titre de comparaison, l'éruption de Hunga a été plus courte puisqu'elle n'a duré que dix minutes. Par ailleurs, les scientifiques ont mesuré que 400 000 tonnes de dioxyde de soufre avaient atteint la stratosphère. "La quantité de SO2 libérée est beaucoup, beaucoup plus petite que le mont Pinatubo", a déclaré dans le New York Times, Michael Manga, professeur de sciences de la terre à l'Université de Californie à Berkeley. Donc, à moins que l'éruption de Hunga ne reprenne et ne se poursuive à un niveau aussi fort, ce qui est considéré comme peu probable, elle n'aura pas d'effet de refroidissement global. Cependant, la puissance de l'éruption au Tonga est similaire à celle des Philippines. Cette puissance est due à son emplacement, à environ 150 mètres sous la surface de l'eau.
Situé dans la "Ceinture de feu" de l'océan Pacifique, zone où la rencontre des plaques tectoniques provoque une activité sismique élevée, le volcan Hunga Tonga - Hunga Ha'apai mesure environ 20 km de diamètre, pour 1 800 mètres de haut, essentiellement immergés. Il est "posé" au fond de l'océan, mais son cratère principal affleure au ras de l'eau, formant une île inhabitée. Lors de l'éruption, la remontée du magma vers la surface libère des gaz qui doivent "pousser" pour se frayer un chemin, créant un phénomène de surpression. La présence d'eau "aggrave la situation, car avec la chaleur, elle se transforme en vapeur et se détend, comme dans une cocotte-minute", développe Raphaël Grandin, géophysicien à l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP).
Toutes les explosions volcaniques sont liées à cette décompression des gaz magmatiques."Quand ça se passe au fond de la mer, l'eau a tendance à étouffer l'activité. Quand ça se passe à l'air libre, les risques restent localisés. Mais quand ça se passe à fleur d'eau, ce n'est pas de chance, car c'est là que les risques de tsunami sont les plus élevés", souligne Raphaël Grandin. Autrement dit, la profondeur n'était pas assez importante pour que la pression de l'eau amortisse l'explosion. Cette éruption a provoqué une énorme onde de pression qui a traversé la planète, se déplaçant à une vitesse supersonique d'environ 1 231 kilomètres par heure, selon l'Institut national néo-zélandais de recherche sur l'eau et l'atmosphère.
Cela a entraîné la rupture du câble de communications reliant l'archipel au réseau internet. Les Tonga sont désormais coupées du monde. Il faudra au moins quatre semaines pour que la connexion des Tonga soit rétablie par le câblodistributeur américain SubCom. Ce dernier a expliqué que le câble semble être coupé en deux endroits : un premier à 37 kilomètres au large et un second près du volcan, ce qui rend les réparations difficiles. Il faudra des semaines ou des mois d'analyse des données aux scientifiques pour comprendre les secrets de cette éruption qui a surpris le monde entier.
