Ce mercredi, à Katmandou, au Népal, un moine tibétain s'est aspergé d'essence et immolé par le feu, pour protester contre la domination chinoise dans sa région d'origine. C'est la 100ème fois qu'un Tibétain tente de se suicider ainsi depuis le début d'une vague de protestations hostiles à Pékin, en février 2009. Mais les revendications tibétaines pour l'indépendance sont vieilles de plus de soixante ans, depuis l'annexion du Tibet par la Chine. Les immolations ont désormais un poids politique pour les Tibétains ... et pour les autorités chinoises.

La répression s'est intensifiée depuis l'arrivée du nouveau gouvernement chinois

Le mois de novembre 2012, durant lequel le 18e congrès du parti Communiste chinois s'est tenu, a atteint le pic d'immolation. Vingt-huit immolés pour ce seul mois.

Interrogé par L'Express, Alistair Currie, porte-parole de l'association Free Tibet, affirme que la répression s'est intensifiée depuis le mois de novembre 2012 et l'arrivée du nouveau gouvernement chinois. La ligne n'est pas différente de celle du gouvernement précédent mais, devant l'inefficacité de la politique chinoise à l'égard du Tibet et alors que la lutte tibétaine et les immolations s'intensifient, les moyens sont renforcés.

Ainsi, la Cour suprême chinoise et le ministère de la Sécurité publique ont diffusé un "avis sur le traitement des immolations." Il s'agit en fait d'un ensemble de mesures qui légalisent la poursuite du "délit" d'immolation: les personnes qui tentent de se suicider par le feu, tout comme ceux qui leur rendent hommage, peuvent désormais être poursuivies de plusieurs délits dont celui d'homicide ou de trouble à l'ordre public.

Condamné pà la peine capitale avec sursis, pour incitation à l'immolation

En conséquence, les procès se multiplient, comme le rapporte Free Tibet, dans un rapport sorti le 7 février dernier. Les condamnations, aussi. Le 31 janvier, Lorang Konchok, un moine tibétain de 40 ans, a été condamné par la justice chinoise à la peine capitale avec sursis, verdict presque toujours converti en réclusion criminelle à perpétuité, pour incitation à l'immolation. Son neveu écope d'une peine de dix ans de prison pour les mêmes motifs.

L'agence officielle de presse chinoise Xinhua a rapporté l'arrestation de 70 suspects, liée aux immolations croissantes qui surviennent depuis novembre 2012, à Huangnan, dans la province de Qinghai. Douze suspects ont officiellement été arrêtés à cause des immolations dans cette ville, a ajouté Lyu Benqian, le chef adjoint de la sécurité publique de la province.

Les immolations sont présentées par les autorités de Pékin comme le résultat d'un malaise personnel, plutôt que d'un malaise identitaire. Une appréciation qui vise sans doute à décrédibiliser la cause tibétaine. Mais aujourd'hui, c'est bel et bien un 100e Tibétain qui s'est immolé, la veille du centième anniversaire de la proclamation d'indépendance du Tibet par le dalai lama.