Fils d'un pianiste de jazz et d'une psychothérapeute "New Age", ce Canadien a grandi dans le quartier branché de Mile End, où se situe aujourd'hui son agence d'architecture. Passionné par l'aménagement urbain et les interactions humaines, Zébulon Perron figure parmi les personnalités phares de Montréal, ville qu'il n'a jamais envisagé de quitter.

LIRE AUSSI : Paul Toussaint, chef haïtien : "Ce qui caractérise Montréal, c'est le mélange des cultures"

Quel regard portez-vous sur Montréal ?

Zébulon Perron : C'est une drôle de ville parce qu'elle ne révèle pas ses charmes rapidement. Mais une fois qu'on les découvre, on les adopte. La vie y est facile. C'est l'idée même de la cité à échelle humaine de l'architecte-urbaniste Jan Gehl. Il y a des parcs. On peut facilement marcher et circuler à vélo. Pour élever un enfant, c'est fantastique. Par ailleurs, la dépression économique des années 1980 a attiré de nombreux jeunes créatifs. Cela a généré un foisonnement dans la musique, les arts visuels... C'est un legs culturel important. Le bilinguisme a aussi beaucoup d'intérêt. Il n'est pas exagéré de dire que Montréal est la ville la plus européenne d'Amérique du Nord. Et puis, il y a des bagels (rires).

Vous repensez les espaces de bars et de restaurants avec la volonté de favoriser les échanges. Quelle est votre approche ?

Dans notre culture, bars et restaurants sont les endroits où les gens se rencontrent. Je pars du principe que l'être humain a un besoin fondamental de coexister dans l'espace public avec des inconnus. Or l'articulation des espaces conditionne les rencontres. J'étais fortement influencé par l'Europe, avec ses places publiques, ses cafés du coin, ses bistrots... tous ces lieux où on se rassemble. Cela manquait à Montréal. L'ambition de nos projets est de créer des occasions - au sein des bars, des restaurants, etc. - pour que les gens puissent échanger. L'un des premiers lieux où j'ai pu mettre en forme cette idée est La Buvette chez Simone, en 2008 : c'est devenu le salon du Mile End, un quartier intéressant car très diversifié, qui se gentrifie rapidement. Cela a été un gros succès.

Désormais, Montréal se positionne comme une ville où l'on mange bien

Comment se développe l'offre gastronomique ?

Dans les vingt dernières années, elle a évolué de façon fulgurante. Désormais, Montréal se positionne comme une ville où l'on mange bien. Les bars à vin y ont explosé. Le design a évolué en même temps. Cette tendance se manifeste aussi dans des projets plus en vue, comme le restaurant de Marcus Samuelsson que nous avons aménagé à l'hôtel Four Seasons. Les grandes chaînes hôtelières ont compris qu'il fallait également attirer la clientèle locale. Nous avons ainsi conçu des espaces pour tous les moments de la journée, avec la volonté de dynamiser la fonction sociale du lieu. C'est l'un des projets les plus rentables du portefeuille du groupe Samuelssson. J'en suis assez fier, car cela valide notre approche.

LIRE AUSSI : Canada : à Montréal, une librairie anglophone crée la discorde

Au-delà de la restauration, vous travaillez également sur un projet public d'envergure...

Nous collaborons de plus en plus avec la ville de Montréal et nous venons en effet de gagner un concours d'architecture avec Pelletier de Fontenay Architectes, Architecture49 et CIMA +, pour la construction du Centre Sanaaq. C'est un projet de 5 000 mètres carrés, comprenant une bibliothèque, une salle de spectacles, des salles d'exposition, un café... C'est un ensemble communautaire exaltant, qui mettra à profit notre volonté de servir le plus grand nombre. La ville se construit : il y a encore beaucoup de choses à réaliser.