De Toronto à Vancouver en passant par Ottawa et Montréal, le kebbé, le fattouche, les baklavas et la confiture de rose enchantent aujourd'hui les palais. Fidèle à sa tradition - le Canada est leader dans le monde en matière d'accueil de réfugiés - et à la promesse faite par Justin Trudeau pendant sa campagne électorale de 2015 d'accueillir 25 000 Syriens en quelques mois, le pays a tenu ses engagements. Le 10 décembre 2015 atterrissait le premier avion affrété par le gouvernement, dans le cadre de l'opération Syrian Refugees, la plus vaste depuis 1975, lorsque le Canada avait accueilli 60 000 réfugiés du Vietnam, du Cambodge et du Laos, puis près de 130 000 au fil des années.

LIRE AUSSI : Canada : l'Asie, principal vivier de nouveaux arrivants

Entre 2015 et 2021, environ 75 000 Syriens se sont installés au Canada. Des professionnels qualifiés, mais aussi des manuels, et parmi eux, de nombreux pâtissiers et restaurateurs, qui font désormais vivre les traditions culinaires de leur pays d'origine. Le plus célèbre d'entre eux est Tareq Hadhad, de la chocolaterie Peace by Chocolate, implantée à Antigonish, en Nouvelle-Écosse, où il est arrivé à la fin de 2015. Il rêvait de devenir médecin, mais ses parents étaient chocolatiers à Damas. La fabrique ayant été détruite lors de la guerre, pourquoi ne pas en reconstruire une ? Une partie des 4 000 habitants d'Antigonish se mobilise, offre un local et prête de l'argent pour lancer l'entreprise. La qualité des chocolats fait le reste. Ceux de Peace by Chocolate sont désormais appréciés dans tout le pays et au-delà. Tareq Hadhad intervient dans des conférences TED et son histoire a même fait l'objet d'un film (Peace by Chocolate), sorti en mai dernier.

"Un sens aigu d'appartenance"

Tout n'a pas été facile, ni pour lui ni pour les autres réfugiés syriens. Il a fallu reprendre goût à la vie, apprendre, souvent, l'anglais ou le français, maîtriser le système des aides administratives, trouver un emploi et s'intégrer. Selon un rapport du ministère de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté portant sur les Syriens arrivés entre 2015 et 2016, même si 64 % se disent toujours attachés à leur terre d'origine, 90 % déclarent avoir un "sens aigu d'appartenance au Canada" et 84 % à la communauté locale dans laquelle ils se sont installés.

Certes, sur la période étudiée, leur taux d'emploi et leur salaire étaient inférieurs à ceux d'autres réfugiés arrivés dans le même temps. Manque de préparation en amont, rapidité de l'opération Syrian Refugees, faible connaissance des deux langues officielles, parcours délicat pour la reconnaissance des diplômes font partie des explications avancées. Mais le ministère est persuadé que la situation va s'améliorer. Et il va maintenir ses recherches pour s'assurer des progrès réalisés.