A Toronto, dans les nouveaux locaux de Sendinblue, tout est blanc. Ici, l'espace est décloisonné, la souplesse dans l'organisation du travail est au rendez-vous, le télétravail est entré dans les moeurs. Pour cette société française qui propose des solutions de marketing, de courriels et de SMS en masse aux petites et moyennes entreprises, pas de bureaux ni de modes d'organisation traditionnels. "C'est ce qui m'a plu d'emblée", témoigne Oliver Page, 22 ans, gestionnaire du développement des affaires.

LIRE AUSSI : David Card, prix Nobel : "Les enfants d'immigrés réussissent mieux au Canada qu'en France"

Tee-shirts et jeans ont la cote. Le plus ? Un panier de basket, offert en récompense aux salariés pour avoir dépassé les objectifs de vente l'année dernière. L'énergie est palpable. Une vingtaine de jeunes collaborateurs motivés se côtoient. Ils seront trente d'ici à la fin de l'année, cinquante l'an prochain et une centaine en 2024, prédit avec un large sourire Steffen Schebesta, PDG pour l'Amérique du Nord.

L'entreprise s'est installée à Toronto en août 2020, à proximité de la gare ferroviaire et non loin de la tour CN et du lac Ontario. Comme le souligne Steffen Schebesta, elle a déjà fait ses preuves sur le marché nord-américain, ses nouveaux revenus dépassant ceux du marché européen. "C'est un signe que nous avons de la 'traction' sur le marché", assure-t-il, tout en ajoutant que la petite française doit rivaliser avec Amazon et les autres géants de l'industrie. Et puisque rien n'est joué d'avance, directeurs comme salariés mettent les bouchées doubles...

Une mine de jeunes talents

Créée en 2007 à Paris où elle a toujours son siège social, Sendinblue a rapidement bénéficié d'un coup de pouce de la French Tech, projet d'accompagnement des start-up lancé par le gouvernement français, visant à dynamiser le secteur de la haute technologie. En 2021, pour la deuxième année consécutive, elle a été sélectionnée pour intégrer le programme French Tech Next40, qui soutient le développement des scale-up (entreprises qui changent de dimension) au niveau mondial.

En décalage de six heures avec Paris, la capitale ontarienne s'est rapidement imposée comme le choix idéal pour développer les activités en Amérique du Nord tout en desservant l'Europe. Parce que le fuseau horaire convenait mieux pour discuter avec Paris que le premier bureau à Seattle, à neuf heures de décalage. Et que les programmes sociaux canadiens, l'assurance-santé par exemple, étaient plus en harmonie avec ceux de la France. Enfin, le talent était plus facile à trouver à Toronto, ville peuplée d'universités, qu'à Seattle, où la concurrence est vive. "J'ai reçu de vingt à trente très bons CV au bout d'une semaine, précise ainsi Steffen Schebesta. C'était impressionnant."

LIRE AUSSI : Arrogance, outil de com', artifice politique... Le vrai visage de la French Tech

Car tout va très vite dans ce secteur novateur. D'autant que l'Ontario bénéficie de la plus grande concentration de start-up au monde après la Silicon Valley. Dans la grande région de Toronto, l'industrie de la haute technologie emploie ainsi quelque 290 000 personnes. "Une centaine d'entreprises de la French Tech y sont aujourd'hui établies. Nous avons fait une grande avancée", assure Romain Le Merlus, coprésident de la French Tech Toronto.

"Attention, le turn-over y est élevé et les salariés passent d'un employeur à l'autre", prévient Ian Lee, de l'école de commerce de l'Université Carleton. Pour l'heure, l'ambiance décontractée de Sendinblue en retient plus d'un. "Plutôt que d'exhiber sa personnalité professionnelle, on peut afficher ses propres traits de caractère", se réjouit Oliver Page. Et d'inviter les visiteurs à un match de basket...