Sean Spicer, c'est encore son compte Twitter parodique, @SpicerFacts (soit "les faits de Spicer"), qui en parle le mieux. "Rome s'est en réalité faite en un jour et ce sont les Grecs qui l'ont financée" pouvait-on y lire dimanche. "Un fait: les faits ne comptent pas", précise le petit texte introductif de ce compte auquel on peut prédire un succès grandissant.
Ce blond trapu aux yeux bleus, âgé de 45 ans, occupe officiellement deux postes hautement stratégiques pour délivrer la bonne parole de Donald Trump au-delà de son compte Twitter. Il est à la fois porte-parole et directeur de la communication de la Maison Blanche. Une première qui permet aux deux postes d'être logiquement sur la même longueur d'onde.
Les relations entre les correspondants des médias et la présidence, sous Barack Obama, relevaient de la guerre froide. Sous son successeur, elle a déjà pris la forme d'une guerre ouverte, avec ce commandant de la réserve de volontaires de la Marine des Etats-Unis comme soldat montant au front.
L'homme des "faits alternatifs"
Visage fermé, mâchoire serrée, Sean Spicer a attaqué tambour battant la presse pour sa première intervention de "press secretary" samedi. Il a d'abord reproché, à raison, à un journaliste de Time d'avoir écrit que le buste de Martin Luther King qui se trouvait dans le Bureau ovale sous Obama avait été enlevé pour l'arrivée de Trump -le journaliste s'en est excusé platement.
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Le porte-parole a ensuite reproché aux médias "une obsession à dénigrer ce président". Contre toute évidence, il a martelé qu'il y avait foule sur le Mall de la capitale pour assister à la prestation de serment et les a accusés d'être "malhonnêtes". Il a également expliqué que les grandes bâches blanches en plastiques qui ont donné cette impression visuelle trompeuse de vide étaient une première.
S'agit-il de mensonges, sachant que les médias ont depuis rappelé que ces bâches étaient présentes lors de l'investiture d'Obama en 2013? Non, il s'agit de "faits alternatifs", a défendu la conseillère du président Kellyanne Conway, le lendemain sur NBC. "Des mensonges", lui a vertement rappelé le présentateur de la chaîne.
"Des avocats qui défendent des mauvaises personnes"
Sean Spicer est tout sauf un maladroit. Reince Priebus, chef de cabinet de de Trump à la Maison Blanche, en avait fait son directeur de la communication lorsqu'il était président du Comité national des républicains, de 2011 à 2017. Il lui est totalement dévoué. S'il a adopté la rhétorique du milliardaire, il est un parfait représentant de l'establishment républicain à Washington, où il a fait toute sa carrière. Ce père de deux enfants est d'ailleurs marié à une ancienne productrice télé devenue l'une des représentantes du lobby des brasseurs.
Ses prises de position en sont la meilleure illustration. Il a joué les fervents défenseurs du libre-échange que l'homme d'affaires pourfend régulièrement. Spicer s'est parfaitement préparé à défendre des idées opposées aux siennes. "Il y a des médecins qui aident des gens qui ont fait de mauvaises choses, il y a des avocats qui défendent des mauvaises personnes, déclarait-il en août dernier au Washington Post. Je ne pense pas que ce soit réservé à ma profession."
Faire "rendre des comptes" à la presse
Fils d'une universitaire de l'Etat de Rhode Island et d'un agent d'assurance, il s'est forgé une identité républicaine dans son opposition à l'ambiance "libérale" (synonyme de progressiste aux Etats-Unis) de ses années d'études supérieures. Il y a expérimenté ses premiers déboires avec la presse, alors qu'il militait pour l'interdiction de fumer dans la salle à manger du Connecticut College et pour l'accès à la télévision câblée dans les dortoirs. Un journal universitaire l'avait nommé "Sean Sphincter" dans un de ses articles. Le genre d'humiliation qui peut rester longtemps en travers de la gorge.
"Nous allons demander à la presse de rendre des comptes", a annoncé Spicer lors d'une entrée en matière comme porte-parole conclue sans répondre à aucune question. Une inversion des rôles qui ne peut pas lui déplaire. "Les épouvantables médias doivent présenter des excuses au président Trump pour avoir rapporté les mots sortis de sa bouche tels qu'ils les a prononcés". Ce post du compte parodique @SpicerFacts n'est probablement pas si éloigné de ce que pense Sean Spicer.