Les Hispaniques, nouvel enjeu
Les primaires du Nevada ont marqué l’entrée en scène de l’électorat hispanique dans la course à la Maison-Blanche. Les candidats s’y sont d’ailleurs battus à coups de spots télévisés en espagnol diffusés sur les chaînes locales!
Ce groupe représente, sur le plan national, 14% de la population totale (45 millions d’habitants) mais seulement 9% des électeurs, en raison de la forte proportion de mineurs et de ressortissants étrangers parmi eux. Cette proportion, et l’enjeu qui va avec, est néanmoins appelée à croître.
Ils sont particulièrement présents dans plusieurs Etats clés susceptibles de basculer dans le camp démocrate lors de l'élection présidentielle de novembre. Le Nevada, où ils représentent 12% de l’électorat total est dans ce cas. La population d'origine hispanique y a augmenté de 400% depuis 1990 et compte aujourd'hui 610.000 personnes, soit environ un quart de la population totale.
Côté démocrate, "le parti pris de la communauté hispanique va plutôt vers la sénatrice Hillary Clinton", d’après Louis DeSipio, professeur de sciences politiques à l'université de Californie à Irvine. Côté républicain, leur vote pourrait arbitrer entre le sénateur de l’Arizona John McCain, le seul à avoir voté en faveur d’un plan (finalement rejeté) visant à régulariser, sous conditions, 12 millions d’immigrés clandestins… et les autres qui poussent au contraire à des mesures plus sévères à l’encontre des immigrés.
Leur poids compte pour les primaires… mais aussi pour la "finale" du 4 novembre prochain. Les Hispaniques penchent plutôt du côté démocrate. Mais en 2004, le Nevada comme le Nouveau-Mexique, le Colorado et l’Arizona, avaient appuyé la candidature de George W. Bush. Or la promulgation d'une loi prévoyant la construction d'un mur de plus 1.100 kilomètres le long de la frontière avec le Mexique a détourné nombre d'Hispaniques du parti républicain. Si ces électeurs déçus choisissent le candidat démocrate, ces Etats pourraient bien changer de couleur.
Les Afro-Américains, plus traditionnel
La communauté afro-américaine est un enjeu plus "traditionnel" de l’élection présidentielle américaine. La communauté hispanique l'a désormais rattrapée, numériquement parlant (13% de la population est afro-américaine) mais elle est a marqué l'histoire nationale depuis plus longtemps.
Et leur poids électoral reste un enjeu de taille! Pour preuve les vives réactions aux déclarations d’Hillary Clinton sur le //www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/quarante-ans-apres-martin-luther-king-influence-les-primaires_471748.html" target="_blank">rôle de Martin Luther King dans la lutte pour les droits civiques dans les années 1960, une semaine avant la primaire de Caroline du Sud où un électeur sur deux est Afro-Américain.
Elle dit avoir eu l’intention, en indiquant qu’il avait bien fallu qu’un président agisse pour concrétiser le rêve du pasteur baptiste, de souligner l’écart entre Obama et elle, entre un jeune candidat et la représentante de l’expérience… Sans doute pas de se mettre à dos la communauté afro-américaine ! Ses propos étaient peut-être maladroits mais ne sont devenus scandaleux qu’au fil des commentaires les jugeant "insultants" envers cette population, l’icône Luther King et le candidat Obama.
Enfin, si cet "électorat clé" est traditionnel, un fait nouveau vient éclairer d’un jour différent leur poids: l’un des favoris est lui-même Noir! Certes il ne partage pas, à proprement parler, l’héritage de la communauté: il est le fils métis d’une Américaine blanche et d’un Kényan, pas le descendant d’une famille afro-américaine. Certes spontanément cette communauté se tourne plutôt vers Hillary Clinton, en souvenir de son mari, Bill, surnommé le "premier président noir". Mais Obama pourrait changer la donne. Dans un sens ou dans l’autre, d’ailleurs, certains électeurs afro-américains pouvant redouter que l’on focalise trop, justement, sur la couleur de sa peau plutôt que sur son programme.
Les femmes roulent pour Clinton?
Après le "comeback" d’Hillary Clinton dans le New Hamphsire, qui est venu "laver" sa défaite cuisante dans l’Iowa, quelques jours plus tôt, de nombreux commentateurs ont expliqué que cette victoire était due au vote féminin.
Le vote des femmes s'est en effet porté sur Hillary Clinton plus que sur son rival Barack Obama (46% des voix des femmes contre 34%), et a sans doute joué un rôle décisif dans sa mince victoire globale (40% contre 37%). De là à spéculer sur une possible solidarité des femmes envers une candidate qui avait trahi son émotion à la veille du scrutin, et avait été attaquée assez durement par ses adversaires masculins lors d'un débat trois jours plus tôt…
Pour certains politologues, la victoire d'Hillary Clinton au New Hampshire s'expliquerait même partiellement par l'impact d'un tract diffusé par l'équipe Clinton dans les jours précédant le vote, mettant en cause l'engagement de Barack Obama en faveur du droit à l'avortement - un sujet au centre des préoccupations de l'électorat féminin démocrate.
En tout cas, être femme est devenue un argument de campagne en faveur du "changement" pour Hillary Clinton. "Je crois qu'avoir une femme présidente représente un énorme changement, avec des conséquences se faisant sentir à travers le pays et le monde", a-t-elle déclaré avant le scrutin du New Hampshire.