C'est une découverte étonnante et passionnante. Elle a été décrite le 3 juin dans une étude publiée par Nature. L'équipe internationale conduite par Takeshi Inomata, de l'université de l'Arizona, a balayé grâce au Lidar une zone de plus de 800 kilomètres carrés et repéré une vingtaine de sites.

Cet instrument permet de reconstituer avec une grande précision la topographie des lieux en faisant disparaître toute trace de végétation, rappelle Le Monde. Il est emporté dans un aéronef et fonctionne sur le même principe que le radar, mais en remplaçant les ondes radio par des impulsions laser.

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Le site le plus impressionnant sur lequel se focalise l'étude est l'immense complexe cérémoniel du site baptisé Aguada Fénix, dans l'Etat mexicain de Tabasco, au sud-ouest de la péninsule du Yucatan. On aperçoit sur relevé Lidar une immense plateforme artificielle, surélevée de 10 mètres à 15 mètres. Orientée quasiment nord-sud, elle est longue de plus de 1400 mètres et large de près de 400 mètres.

Selon les datations réalisées par les auteurs de l'étude, notamment sur la base de l'analyse du carbone 14 contenu dans des charbons de bois, la construction de la grande plateforme aurait commencé vers l'an 1000 avant Jésus-Christ par les Mayas. Ce qui en fait la plus vieille construction monumentale jamais découverte appartenant à cette civilisation.

Les caractéristiques conjointes de deux civilisations

Selon Takeshi Inomata, le volume total de la plateforme et des bâtiments qu'elle supportait était d'au moins 3,8 millions de mètres cubes. Ce complexe aurait donc été plus massif que la pyramide de Gizeh, précise Le Figaro. Cinq mille personnes auraient travaillé nuit et jour pendant six années pour le construire. Le site n'est pas perdu dans la forêt tropicale. "C'est une zone développée et habitée. Ce site était inconnu car, à cause de sa taille et de sa forme, il était confondu avec à un paysage naturel", déclare l'archéologue.

La construction de ce complexe coïncide avec le commencement de l'occupation maya dans la zone. Cette civilisation, composée de multiples cités-États, s'étendait sur un territoire équivalent à presque deux tiers de la superficie de la France sur une période de plus de 2500 ans. Le site se trouve également à proximité de la zone d'influence d'une autre civilisation contemporaine, les Olmèques.

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Ce peuple, connu notamment pour ses gigantesques représentations de têtes humaines, est la plus ancienne civilisation de Méso-Amérique. Ils ont précédé les Mayas dans cette zone du Mexique avant de vivre en voisinage pendant près de 500 ans. "Ce site présente des caractéristiques conjointes aux deux civilisations. On est sans doute face à une société de transition, entre ce qui sera les Mayas et ce qu'étaient les Olmèques", confie au Figaro Philippe Nondédéo, archéologue mayaniste du CNRS au laboratoire Archéologie des Amériques, à Nanterre.

Les auteurs de l'étude notent par ailleurs l'absence de temples, de palais ou de sculptures qui auraient pu marquer la distinction entre différents rangs de la société. La seule sculpture découverte représente un animal. Takeshi Inomata et ses collègues écrivent que, contrairement aux centres Olmèques, "Aguada Fénix ne présente pas d'indicateur clair d'inégalité sociale marquée, comme les sculptures représentant des personnes de haut rang". Au terme d'une assez brève existence, le site d'Aguada Fénix a été abandonné pour des raisons inconnues, vers 750 avant notre ère.