L'heure est à la fin de règne pour Donald Trump. Ce mercredi, sur les coups de 8 heures du matin, ce président fantasque et imprévisible quittera la Maison-Blanche pour laisser la place à son successeur, Joe Biden. Derrière lui, Trump laisse une Amérique très différente de celle qui l'a élu il y a quatre ans, et une ville de Washington encore plus métamorphosée.

"Ça me donne envie de pleurer"

Car c'est une capitale américaine traumatisée qui s'apprête à célébrer son 46ème président. Deux semaines après l'invasion du Capitole par des émeutiers pro-Trump, Washington a pris des airs de camp retranché ces derniers jours, une forteresse presque imprenable. 25 000 soldats de la Garde nationale ont été déployés dans les rues, des grillages entourent le Capitole et la Maison-Blanche, des blocs de béton coupent la circulation et des checkpoints militaires ont été installés à chaque intersection. Alors qu'elle circule entre deux colonnes de soldats, à quelques blocs de la Maison-Blanche, une cycliste pense tout haut : "Mais, on est en Irak ici ?"

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Un peu plus loin, Irene Antonucci tente d'apercevoir le Capitole et la scène qui accueillera la cérémonie d'investiture mais, emmitouflée dans son manteau noir, elle peine à trouver son chemin entre les différents checkpoints militaires. "Voir Washington dans cet état, ça me donne envie de pleurer, souffle cette employée d'une compagnie aérienne de 63 ans. C'est une honte que notre pays ait besoin de déployer plus de 25 000 soldats pour protéger sa démocratie. Et je ne me sens même pas sereine pour autant..." Alors qu'elle avait fait la fête dans les rues de Washington pour l'intronisation de Barack Obama en 2008 et sa réélection en 2012, Irene regardera cette fois la cérémonie d'investiture chez elle, en Virginie, "en toute sécurité".

Une cérémonie à suivre sur son portable

Cette cérémonie d'investiture se déroulera, pour la première fois de l'histoire, sans spectateurs. En raison de la pandémie de Covid-19, Joe Biden, qui veut montrer l'exemple, a demandé à ses supporters de ne pas faire le déplacement dans la capitale. David Tuason, venu de Californie avec sa femme et ses deux enfants juste pour l'occasion, n'a clairement pas écouté les consignes. "Mais nous avons fait la route en voiture, en dix jours, sans approcher personne", justifie ce consultant en assurance de 53 ans au milieu d'une quatre voies déserte du centre de Washington.

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Inquiet après l'invasion du Capitole le 6 janvier, il a décidé que le voyage valait le risque : "Cette cérémonie d'investiture, c'est la seule qui compte pour nous, celle qui ouvre la voie après Trump, celle qui nous fait avancer. On a hâte de tourner la page." Malheureusement pour David et sa famille, tous les environs de la cérémonie seront bouclés, alors il faudra la regarder sur les téléphones portables, depuis les rues alentour.

Ces Américains, qui d'habitude peuplent les pelouses de Washington pour une grande fête, ont été cette année remplacés par 191 500 petits drapeaux, plantés dans la pelouse devant le Capitole. Visuellement, le dispositif a de l'allure. Mais le silence qui règne au coeur de la démocratie américaine rappelle la tragédie que traverse la première puissance mondiale, où plus de 4000 personnes meurent chaque jour des suites du Covid-19.

Avant même sa prise de fonction, Joe Biden a rendu hommage mardi soir aux 400 000 Américains décédés depuis le début de la pandémie, depuis le Lincoln Memorial. Nehal Naik, médecin urgentiste, est venu sur place pour tenter d'écouter son nouveau président, tout en promenant son chien Maverick. "Tous les jours, je vois des gens mourir du Covid-19 et jusqu'ici nous avions un gouvernement qui agissait comme si ce virus n'existait pas, raconte ce grand brun de 32 ans. Voir un président parler du nombre de morts et montrer que pour lui le Covid est un réel problème, cela semble normal pour les Européens, mais pour nous c'est incroyable."

Trump boude les célébrations

Sans public, la cérémonie se déroulera aussi sans Donald Trump. Le président sortant prévoit de quitter la Maison-Blanche au petit matin, après une cérémonie militaire en son honneur. Le milliardaire s'envolera pour la Floride et sa villa de Mar-a-Lago. Il est le premier président américain depuis Andrew Johnson, en 1869, à ne pas assister à la cérémonie d'investiture de son successeur. "Au moins sur ce sujet, nous sommes d'accord", s'est réjoui Joe Biden, pas embêté le moins du monde par la bouderie du sortant. D'autant que Biden sera accompagné des principaux dirigeants républicains pour ce grand jour. Mitch McConnell et Kevin McCarthy, respectivement leader des républicains au Sénat et à la Chambre des représentants, vont sécher la cérémonie en l'honneur de Trump pour assister à une messe avec Joe Biden tôt le matin. Le vice-président sortant, Mike Pence, sera lui aux côtés de la nouvelle administration pour l'investiture.

Dans cette optique, Joe Biden devrait prononcer un discours de vingt minutes devant la pelouse vide du Capitole afin d'appeler à l'unité du pays. Un message qui sera repris dans la soirée lors d'une grande fête virtuelle orchestrée par l'acteur Tom Hanks et diffusée sur toutes les chaînes américaines. Toutes sauf une : la très trumpiste Fox News. L'union nationale attendra encore un peu.