En novembre prochain, Joe Biden aura 80 ans. Président le plus âgé de l'histoire américaine, devant Donald Trump (75 ans aujourd'hui) et Ronald Reagan (77 ans à la fin de son second mandat), le locataire de la Maison-Blanche - qui célèbre sa première année au pouvoir le 20 janvier - n'est pas seulement vieux ; il "fait" vieux, y compris pour son âge.
Victime de deux ruptures d'anévrisme en 1988, le septuagénaire a le coeur fragile et des trous de mémoires. Il lui est arrivé de dire "Donald Trump" au lieu de "Vladimir Poutine" et de parler de "la présidente Harris" pour évoquer sa vice-présidente. Dans un sommet du G7, il a confondu la Libye avec la Syrie. Un autre jour, c'était Covid et Covax. Il arrive même que Biden, l'air hagard, prononce des phrases sans queue ni tête en marmonnant. En septembre dernier, en visioconférence, il ne se souvenait plus du nom de son interlocuteur - le Premier ministre australien Scott Morrison.
Des campagnes ultra-agressives sur les réseaux sociaux et les chaînes conservatrices (Fox News, Newsmax) s'ingénient à démontrer, vidéos à l'appui, que "l'Oncle Joe" yoyote. Pudiques, les médias démocrates évitent la question. Cela leur sera reproché. Car s'interroger sur la santé des gouvernants est légitime, surtout lorsqu'il s'agit de celui qui doit tenir tête à Vladimir Poutine et Xi Jinping. Au reste, les Américains ont un avis sur le sujet.
Selon un sondage, seulement 40% des électeurs pensent que "Joe Biden est en bonne santé", tandis que 50% réfutent cette affirmation. Une différence de 10 points (en sa défaveur), qui est énorme. Voilà un an, elle était de 29 points, mais dans le sens inverse.
Comme l'Union soviétique à la fin du mandat de Leonid Brejnev qui avait 75 ans à sa mort en 1982, les Etats-Unis ont des airs de gérontocratie. Aux septuagénaires Trump et Biden il faut ajouter Chuck Schumer, le leader de la majorité démocrate au Sénat âgé de 71 ans mais aussi son homologue du même camp Nancy Pelosi, qui préside la chambre de représentants (elle aura 82 printemps fin mars) ou encore le sénateur du Vermont Bernie Sanders qui a fêté ses 80 ans en septembre dernier.
C'est peu dire que Joe Biden manque de poigne. "S'il en avait, il imposerait son leadership au Parti démocrate, remarque Françoise Coste, spécialiste de la politique intérieure américaine. Il taperait du poing sur la table pour faire rentrer dans le rang Joe Manchin et Kyrsten Sinema, les deux sénateurs démocrates qui bloquent ses réformes. Au lieu de quoi il se fait marcher sur les pieds. Avec tout l'argent que Washington transfère à leurs Etats respectifs - Virginie et Arizona - dans le cadre de la loi sur les infrastructures, il dispose pourtant d'arguments pour leur tordre le bras."
En politique, l'énergie et le tempérament sont des atouts qui comptent. Donald Trump, Ronald Reagan, mais aussi Nicolas Sarkozy, l'ont amplement démontré. Tout autre président que Joe Biden passerait aujourd'hui son temps à sillonner l'Amérique pour assurer le service après-vente de son "plan infrastructures" à 1200 milliards de dollars afin d'en tirer un bénéfice politique à l'approche des législatives de novembre prochain. Joe Biden ne semble pas avoir cette force. Et, curieusement, personne ne pense à envoyer Kamala Harris, aussi impopulaire que lui, le remplacer sur le terrain.
L'entourage de Joe Biden, dont les déplacements sont rares, affirme qu'il est en pleine forme et "soulève de la fonte" tous les matins pendant son heure de gymnastique. Lui-même affirme qu'il se représentera en 2024. La chose paraît peu réaliste. "Il a effectivement l'air d'avoir des petits problèmes liés à son âge, admet le politologue new-yorkais Andrew J. Polsky, qui est peu suspect de sympathie envers l'opposant Donald Trump. En politique, l'âge, à un moment donné, devient un facteur limitant." Or, à supposer qu'il se représente et soit réélu, Biden aurait 86 ans à la fin de son second mandat.
Chez les démocrates, la frustration de la génération montante
Le président ne peut évidemment pas annoncer qu'il ne se représentera pas. Cela ferait instantanément de lui ce que les Américains appellent un "lame duck" (canard boiteux), c'est-à-dire un dirigeant faible et démonétisé, à l'instar des présidents américains en fin de second mandat qui n'ont pas le droit de se représenter. Et aussi longtemps qu'il demeure dans la course, aucun autre candidat démocrate ne peut se déclarer. Ce qui génère immanquablement une frustration parmi les futurs prétendants, obligés de ronger leur frein.
"Si les élections législatives de midterms (mi-mandat) tournent à la débâcle pour les démocrates en novembre prochain, poursuit Polsky, alors, la génération montante pourra attaquer Joe Biden en lui attribuant la responsabilité de l'échec." Il reste encore trois ans avant la fin de mandat de ce dernier. Et les plus impatients trouvent déjà le temps long.
