L'Amazonie est une nouvelle fois en danger. Trois ans après les terribles incendies qui ont détruit 906 001 hectares de forêt, c'est cette fois une fuite de pétrole qui menace le poumon de la planète et ses cours d'eau. Un oléoduc de transport de pétrole brut dans la zone équatorienne de la forêt a été endommagé par des fortes pluies qui ont provoqué en fin de semaine glissements de terrain et chutes de pierres.
L'incident a eu lieu vendredi à la frontière entre les provinces de Napo et Sucumbios, sur ce pipeline de 485 kilomètres, qui traverse quatre provinces, et est opéré par la société privée OCP (Oleoducto de Crudos Pesados). Des images impressionnantes publiées sur Twitter par la Confédération des nationalités indigènes de l'Équateur (CONAIE), un groupe de défense des droits, montrent la vitesse à laquelle le pétrole s'échappe de l'oléoduc.
A ce jour, ni le gouvernement ni l'OCP n'ont indiqué la quantité de pétrole déversée dans la nature mais les autorités tentent de contenir la fuite de pétrole jugée "de grande ampleur". La société a affirmé dans un communiqué avoir cessé de pomper du pétrole depuis samedi.
OCP Ecuador a déclaré avoir "immédiatement lancé le nettoyage, l'assainissement de l'environnement ainsi que la réparation de l'oléoduc dans le secteur de Piedra Fina et mis en oeuvre toutes les actions nécessaires pour éviter, réduire, atténuer et réparer tout impact lié à la rupture de l'oléoduc OCP causée par l'éboulement du 28 janvier 2022." La société a par ailleurs déclaré qu'elle avait contenu le pétrole déversé afin qu'il "ne puisse pas contaminer les masses d'eau" et qu'elle avait arrêté de pomper le pétrole brut jusqu'à ce que "les conditions soient réunies". Mais les dégâts sur cet espace naturel sont déjà là.
Une rivière et une aire naturelle polluées
"Nous avons compris qu'il y avait eu un déversement de grande ampleur, a reconnu, dans une vidéo diffusée samedi, un responsable du ministère de Juan Pablo Fajardo, venu constater les dégâts sur le site de l'accident. Nous considérons qu'il y a eu des dommages aux sources d'eau et qu'il y a également eu des dommages à des tiers".
Le pétrole qui se déverse de l'oléoduc endommagé a en effet touché une aire naturelle protégée et une rivière qui alimente en eau plusieurs villages de cette région du nord-est de l'Equateur. "La zone touchée est située dans le parc national de Cayambe-Coca et, selon le zonage, le déversement de pétrole a eu lieu dans la zone de protection", a annoncé dans un communiqué le ministère de l'Environnement. Situé à une centaine de kilomètres au nord-est de la capitale Quito, ce parc se caractérise par l'omniprésence de l'eau : chutes, cascades, sources, lagunes, landes imprégnées d'humidité et nimbées de brouillard... le tout sous des pluies incessantes.
Les colons, les peuples autochtones et les militants écologistes en Amazonie ont également mis en garde contre l'arrivée de traces de contamination par le pétrole sur les rives de la puissante rivière Coca, rapporte l'agence de presse EFE.
Environ 21 000 m2 de la réserve Cayambe-Coca ont été touchés par la fuite de pétrole. Le brut s'est également écoulé dans la Coca, une rivière majeure de l'Amazonie qui se jette dans un fleuve, le Napo, a ajouté le ministère. Cette rivière et ce fleuve alimentent en eau de nombreuses communautés, y compris des peuples autochtones, et risquent d'être contaminés.
La société privée OCP (Oleoducto de Crudos Pesados), qui gère l'oléoduc, a reconnu que "de petites traces (de pétrole) ont atteint les cours d'eau". Elle a indiqué avoir "commencé à fournir de l'eau potable" à plusieurs communautés de la zone touchée, telles que Toyuca, Sardinas et Guayusa, et promis pour dans les prochaines heures de l'aide alimentaire et des soins médicaux.
Lieu de vie d'une centaine d'espèces mammifères
D'une superficie de plus de 4000 km2, le parc national de Cayambe-Coca est à cheval sur quatre provinces, dans une zone de montagnes et de forêts humides dans le bassin de l'Amazone, entre 600 et 5790 mètres d'altitude. Une centaine d'espèces de mammifères y sont recensées (tapirs, cougars, ours, condors, etc.) et près de 400 espèces d'oiseaux, susceptibles de subir la contamination de l'eau.
"Nous exigeons de savoir combien de barils ont été déversés et quel sera le processus de livraison d'eau et de nourriture aux communautés, a déclaré sur Twitter la Confédération des nationalités indigènes de l'Amazonie équatorienne (Confeniae), principale organisation autochtone du pays. Il est clair que l'eau du fleuve ne peut pas être utilisée ou consommée". Aucune évaluation indépendante des dommages n'a été menée pour le moment.
En Equateur, environ "deux déversements de pétrole par semaine"
"Ce dernier déversement montre une fois de plus que l'infrastructure pétrolière de l'Equateur est construite pour se déverser, a critiqué dans une déclaration Kevin Koenig, directeur de l'énergie et du climat du groupe environnemental Amazon Watch, cité par NBC News. Malgré les promesses d'utiliser des technologies de pointe et les prétendus engagements en matière de responsabilité environnementale, l'Equateur enregistre en moyenne deux déversements de pétrole par semaine. Les plans du gouvernement visant à doubler la production et à étendre l'extraction plus profondément dans l'Amazonie ne feront qu'aggraver la situation."
"C'est la raison exacte pour laquelle nous nous opposons à l'extraction pétrolière", a renchéri Andres Tapia de la Confédération des nationalités indigènes de l'Amazonie équatorienne, l'organisation mère de la CONAIE. "Les déversements font désormais partie de notre quotidien, et nous vivrons avec cette contamination pendant des décennies. L'industrie pétrolière ne nous a apporté que mort et destruction. (...) Nous demandons au gouvernement de mettre fin aux plans d'expansion pétrolière et de nettoyer correctement cette marée noire et toutes les autres qui continuent de contaminer nos territoires et de violer nos droits."
