Elle devait se dérouler sans accroc, leur assurant une conquête politique inespérée. La nomination du juge ultra-conservateur Brett Kavanaugh à la Cour suprême se transforme en chemin de croix pour les Républicains. Pire, celle-ci pourrait leur coûter cher lors des élections de mi-mandat le 6 novembre, qu'ils approuvent ou qu'ils récusent ce candidat proposé par Donald Trump.

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La commission judiciaire du Sénat se prononce ce vendredi à propos de la confirmation de cet éminent juriste de 53 ans, accusé de comportements sexuels inappropriés, allant d'attouchements à une tentative d'agression. Il ne restera plus ensuite au Sénat qu'à fixer la date d'un ultime vote en séance plénière. Dans les deux instances, les sénateurs républicains y sont majoritaires : 11 contre 10 au sein de la commission et 51 contre 49 au Sénat.

Petit rappel : la nomination de Brett Kavanaugh est un enjeu politique considérable pour les Etats-Unis. A la Cour suprême, il doit occuper le siège laissé vacant par le néo-retraité Anthony Kennedy. Au fil des années, ce dernier s'est imposé comme le juge-arbitre de l'institution, prenant tantôt parti avec ses quatre collègues progressistes, sur des sujets comme le mariage pour tous ou l'avortement, tantôt avec ses collègues conservateurs, en particulier sur la question du port d'armes.

Opportunité historique pour les conservateurs

La Cour suprême, chargée d'examiner la constitutionnalité des lois, se retrouve régulièrement à trancher des sujets de société. Avec Brett Kavanaugh, les conservateurs estiment être en mesure d'obtenir la majorité de cinq juges tant espérée pour mettre à mal le célèbre arrêt Roe vs Wade de 1973 légalisant l'interruption volontaire de grossesse dans l'ensemble du territoire américain.

Pour les Républicains, l'enjeu est tout autant électoral que politique. Plusieurs sondages prédisent la perte de leur majorité au Sénat lors des élections de mi-mandat, à l'occasion desquelles 35 sièges de sénateurs sur 100 sont remis en jeu. Un basculement de la chambre haute en faveur des démocrates ruinerait toute chance d'accession à la Cour suprême d'un profil aussi conservateur que celui de Brett Kavanaugh. Ce dernier a encore démenti vigoureusement, jeudi, les accusations dont il fait l'objet, assurant de son innocence.

Le président américain Donald Trump (G) serre la main du juge Brett Kavanaugh, choisi pour siéger à la Cour suprême le 9 juillet 2018 à Washington

Le président américain Donald Trump serre la main du juge Brett Kavanaugh, choisi pour siéger à la Cour suprême, le 9 juillet 2018, à Washington.

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La fenêtre de tir est donc réduite pour les Républicains. Cela explique leur hâte de confirmer la nomination de Brett Kavanaugh, alors qu'une seule accusatrice sur les trois évoquées par la presse, Christine Blasey Ford, a été entendue, jeudi. Lors de son audition, jeudi, suivie en direct par des millions d'Américains, elle a évoqué, la gorge nouée, une expérience traumatique qui a, dit-elle, "radicalement" changé sa vie.

Ce vendredi, la commission judiciare doit se prononcer. Du point de vue des Républicains, toutefois, aucune issue n'est satisfaisante. Si la procédure s'éternise ou si Brett Kavanaugh se retrouve récusé, Donald Trump et le camp républicain apparaîtront affaiblis, à l'opposé de l'image que cherche à projeter la Maison-Blanche.

"Si les républicains ne parviennent pas à défendre et à confirmer un candidat aussi éminemment qualifié et décent, il sera très difficile de motiver et de dynamiser les électeurs confessionnels et conservateurs en novembre," a déclaré au New York Times le leader évangélique Ralph Reed, président de la Coalition Foi et Liberté. En d'autres termes, les républicains perdraient sans doute la majorité au Sénat.

Une nomination également à risque

Pour autant, la confirmation de Brett Kavanaugh pourrait également être chère payée par le camp républicain. Alors que la popularité de Donald Trump reste stable parmi les hommes blancs républicains, elle s'érode parmi les femmes blanches républicaines, dont le soutien s'était révélé décisif lors de la présidentielle américaine en novembre 2016. Selon une étude Morning Consult pour Politico, "les femmes républicaines perdent foi en Kavanaugh -et Trump- après une semaine d'accusations" et "moins de la moitié" d'entre elles "pensent maintenant que le juge Brett Kavanaugh devrait être confirmé".

Selon la presse, trois sénateurs républicains sont susceptibles de refuser leur vote à Kavanaugh. Deux ne voient pas leurs sièges remis en jeu lors des prochains "midterms" : Lisa Murkowski, sénatrice pour l'Alaska depuis 2002, et Susan Collins, sénatrice pour le Maine depuis 1997. Sénateur pour l'Arizona depuis 2013, Jeff Flake a lui décidé qu'il ne serait pas candidat à sa réélection en novembre.

Christine Blasey Ford, qui accuse le juge candidat à la Cour suprême Brett Kavanaugh d'agression sexuelle dans les années 1980, s'adresse à la commission judiciaire du Sénat le 27 septembre 2018 à Washington

Christine Blasey Ford, face à la commission judiciaire du Sénat, le 27 septembre 2018, à Washington.

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Ce dernier, souvent critique à l'égard de Donald Trump, est le seul des trois membres du Sénat à siéger à la Commission judiciaire. Il a laissé entendre que l'audition de Christine Blasey Ford puis celle de Brett Kavanaugh guideraient son choix : "Si vous croyez que les accusations [contre Kavanaugh] sont vraies, vous devez bien entendu voter non". Son vote, ce vendredi, pourrait donner le ton.