En quatre ans, l'ex-président Donald Trump a prononcé 30 573 affirmations fausses ou fallacieuses, selon un décompte du Washington Post. Mais l'ancien chef de l'Etat américain a aussi dit quelques vérités. Dont celle-ci, énoncée devant l'Assemblée générale des Nations unies en septembre 2018 : "La dépendance énergétique à l'égard d'un seul fournisseur étranger peut rendre une nation vulnérable à l'extorsion et à l'intimidation, disait alors le locataire de la Maison-Blanche. C'est pourquoi nous félicitons les Etats européens, tels que la Pologne, qui ont pris la tête de la construction d'un oléoduc [en provenance de Norvège, NDLR], afin que les nations ne soient pas dépendantes de la Russie pour leurs besoins énergétiques."

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Et d'ajouter : "L'Allemagne deviendra totalement dépendante de l'énergie russe si elle ne change pas immédiatement de cap." A l'époque, cette mise en garde avait été accueillie par des ricanements du côté des diplomates allemands présents à l'ONU. Aujourd'hui, l'Histoire se venge. Et les républicains partagent à l'envi la déclaration de Trump sur les réseaux sociaux. De quoi humilier les Allemands, à l'heure où ils s'empressent de suivre, avec retard, le conseil trumpien pour diversifier leurs approvisionnements.

"Une stratégie efficace... pour l'Allemagne."

"Les Européens sont en train de comprendre que la priorité de l'Allemagne n'a jamais été l'Europe, mais d'abord, elle-même", confie à L'Express Robert O'Brien, l'ex-conseiller à la Sécurité nationale à la Maison-Blanche de 2019 à 2020, qui garde en travers de la gorge les ricanements germaniques. "Les gens ont critiqué la politique d''America First' de Donald Trump, mais ce n'est rien en comparaison de la politique d''Allemagne First' d'Angela Merkel ! En fait, il n'y a pas de politique étrangère plus autocentrée que celle d'Angela Merkel. D'un côté, les Allemands achetaient du pétrole et du gaz russes à prix réduit ; de l'autre, ils vendaient des produits haut de gamme à la Chine. Parallèlement, Berlin prêtait de l'argent au reste du continent et dominait l'Union européenne. Une stratégie efficace... pour l'Allemagne."

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© / Dario Ingiusto / L'Express

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De passage à Paris - début juin - où il a été fait chevalier de la Légion d'honneur à la demande du cabinet d'Emmanuel Macron, le diplomate américain poursuit sa critique sur un ton qui reflète la désillusion des Etats-Unis vis-à-vis de l'Allemagne. "Berlin prospérait, mais négligeait sa défense et son armée. Elle n'a jamais contribué à la défense européenne à la hauteur espérée et n'a pas respecté le critère de 2 % du budget pour financer l'Otan." Seul point positif, selon le diplomate de 56 ans : "Les Verts (Die Grünen), à commencer par le vice-chancelier Robert Habeck, prennent aujourd'hui des positions fermes vis-à-vis de la Chine et de la Russie."

Promis à revenir aux affaires, si les républicains remportent la Maison-Blanche en 2024 (d'aucuns le verraient bien secrétaire d'Etat), O'Brien enfonce le clou. "Nous avons mis en garde Merkel plusieurs fois. D'autres pays occidentaux l'ont également alerté. Elle a répondu par le mépris, ce qui a fait le jeu de Moscou. Maintenant, les Ukrainiens paient ses choix de leur vie. Le verdict de l'Histoire sera terrible pour elle."