Sur Cartwright Street, dans le quartier de Granville Island, à Vancouver, Ghislain Brown-Kossi partage un atelier de plus de 100 mètres carrés avec une dizaine d'artistes. C'est là qu'il crée. Des peintures, empreintes de ses origines. Né à Lyon de parents ivoiriens, il s'appuie principalement sur des symboles, d'Afrique et d'Egypte ancienne, car "les premiers humains ont commencé à communiquer de cette façon, explique-t-il. On en retrouve dans toutes les communautés, même si leur signification varie en fonction des cultures."Ce "pop art archéologique", comme il définit sa démarche, il le portait au fond de lui. Mais il n'est pas venu d'emblée. Et c'est à Vancouver, où il est arrivé en 2017 avec un Permis Vacances Travail (PVT), qu'il l'a découvert.
"J'ai toujours eu un côté rêveur, dit-il, et, à l'école, j'étais perdu." Il passe d'abord un BEP en électrotechnique, puis reprend le lycée et entame des études en sciences économiques et sociales à la Sorbonne. Mais, là encore, il rêve... Redirigé vers un BTS commercial - qu'il abandonne rapidement - il fait finalement un nouvel essai à Mode Estah, un centre de formation pour stylistes à Paris, puis un séjour à Londres, où il travaille un an dans une agence de mode. "Je créais déjà des tee-shirts. D'ailleurs, il fallait que je crée, j'avais cela en moi. Et c'est la mode qui m'a permis d'aller vers l'art", poursuit-il.
C'est donc à Londres qu'il a son premier déclic : la vie à l'anglo-saxonne lui convient mieux que la française, qui lui paraît plus cloisonnée. Au fil de rencontres, souvent fortuites, son avenir se dessine. Il trouve, via une agence d'intérim spécialisée, plusieurs postes dans la mode, dont un pour la marque Chloé, au grand magasin parisien Le Bon Marché. Si tout se passe bien, s'il augmente le chiffre d'affaires et monte en grade, l'envie de créer et d'habiter en pays anglophone le tient toujours... Il fréquente les musées - Quai-Branly, Fondation Cartier, Fondation Louis Vuitton. "Un jour, en revenant du Palais de Tokyo, je me suis dit "c'est cela, je veux devenir artiste"", se souvient-il. Il commence par quelques expositions de photographies.
"Mon nom est sorti dès le premier tirage !"
Ayant entendu parler de la qualité de vie à Vancouver, il dépose son dossier, fin 2016, pour partir en Colombie-Britannique, armé d'un PVT. "Mon nom est sorti dès le premier tirage !" se réjouit-il. Un signe, sans aucun doute. Il y travaille d'abord comme vendeur dans une boutique de vêtements, puis comme costumier au cinéma car de nombreux films sont tournés dans le "Hollywood du Nord".
"Le gouvernement canadien a vraiment aidé les intermittents du spectacle lors de la crise sanitaire de 2020 et j'en ai profité pour suivre les cours en ligne du Museum of Modern Art (MoMA) de New York", dit-il. Son approche artistique se précise et, après avoir postulé, il intègre le collectif d'artistes de Granville Island. "Un jour, alors que j'achetais des croissants, je découvre une galerie et j'échange avec Jennifer Kostuik, de la Kostuik Gallery, spécialisée en art contemporain", sourit-il. Conquise, elle va voir les oeuvres déjà réalisées dans l'atelier, et en expose certaines. C'est le début de l'aventure.
Depuis, l'artiste a vendu plusieurs tableaux et participera bientôt à une vente aux enchères, qui déterminera sa cote. D'autres galeries, à Halifax, en Nouvelle-Ecosse, et dans l'Idaho, aux États-Unis, ont choisi de le représenter. Les expositions s'enchaînent. "J'avais pris la plus petite surface dans l'atelier", s'amuse-t-il. Peut-être devra-t-elle grandir, au fil de la reconnaissance que Ghislain Brown-Kossi acquiert.
