Patinoire Sud de France Arena, à Montpellier, le 26 mars 2022. La foule est en liesse : les Français Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron viennent de décrocher leur cinquième titre mondial de danse sur glace. Quelques semaines seulement après leur médaille d'or aux Jeux olympiques de Pékin. Ce soir-là, sur le podium, ils sont entourés par deux couples américains. Des amis. Et pour cause : tous s'entraînent à Montréal. "Nous partageons beaucoup de choses au quotidien. Et, lors des compétitions, l'émulation est très positive", souligne Gabriella Papadakis.
Les champions tricolores font partie de la Ice Academy of Montreal depuis sa création, en 2014. "Auparavant, nous nous entraînions à Lyon. Nous avions simplement prévu une semaine de stage à Montréal pour travailler une chorégraphie avec les entraîneurs et anciens patineurs québécois Marie-France Dubreuil et Patrice Lauzon, qui avaient ce projet de centre d'entraînement", se souvient la native de Clermont-Ferrand. Sauf qu'au terme du séjour, leur entraîneur personnel, Romain Haguenauer, leur annonce qu'il va... s'associer avec les deux Canadiens et donc rester sur place !
Un changement déterminant
La réaction de Gabriella Papadakis et de Guillaume Cizeron, alors chacun âgé d'à peine 20 ans, est immédiate : tous les deux décident de s'installer aussi au Québec ! "Honnêtement, je pensais que j'allais passer toute ma vie à Lyon. Mais, la veille de notre retour en France, j'ai réalisé que je me sentais comme chez moi à Montréal et que je me verrais bien y vivre un jour", se remémore la danseuse sur glace.
Trois semaines après ce voyage, ils emménagent donc près de la patinoire du quartier Saint-Henri, au sud-ouest de Montréal. Les résultats ne se font pas attendre : quelques mois plus tard, Papadakis et Cizeron deviennent champions de France, puis d'Europe... puis du monde ! "Nos titres sont directement liés à ce changement de vie", assure la désormais quintuple championne d'Europe et du monde.
La Ice Academy of Montreal, qui cultive l'excellence et dispose de professeurs de haut niveau, est un élément explicatif de ce succès. La place importante du sport, et notamment des disciplines de glace, dans la société canadienne en est un autre. "Ici, l'activité physique est primordiale et se pratique au coeur de la ville. A Montréal, il y a plus de patinoires que dans la France entière !", déclarait Romain Haguenauer, en mars dernier, au micro de Franceinfo. "Nous n'étions plus obligés de nous entraîner à 6 heures du matin", glisse Gabriella Papadakis, qui évoque également la différence de mentalité des athlètes professionnels : "Au Canada, il y a une approche plus scientifique du sport, ainsi qu'une plus grande culture de la responsabilité. C'est l'athlète qui engage ses entraîneurs et qui gère sa carrière. C'est un vrai métier."
Déjà dans la légende
A force de fréquenter des Québécois, la championne olympique a également appris à moins se moquer des autres et se plaindre. Des traits de caractère souvent reprochés aux Français et fort peu appréciés de ce côté de l'Atlantique. "A chaque fois que je rentre en France, je réalise que nous râlons vraiment beaucoup", reconnaît Gabriella Papadakis. Malgré ses huit années passées sur place, la sportive a toujours autant de difficultés à gérer un élément : l'hiver canadien. Un comble pour une danseuse sur glace. "Quand je suis à la patinoire, j'ai froid ; quand je suis dehors, en hiver, j'ai froid ; je passe mes journées à avoir froid !" explique-t-elle en souriant.
La suite ? Sportivement, rien n'est décidé pour Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron qui, à 27 ans tous les deux, sont déjà entrés dans la légende du patinage français. "Nous n'avons aucune idée pour l'après", indiquait-il à la suite de leur dernier titre mondial. Même incertitude sur le plan personnel. "Montréal est une ville que je souhaiterais ne jamais quitter. Mais je ne suis pas totalement fermée à l'idée d'un retour en France", avance Gabriella Papadakis. Avant de lancer : "Je me sens française, mais Montréal est devenue ma famille de coeur !"
