Les alertes se sont multipliées ces dernières semaines, venant d'élus comme de journalistes. Mardi, le gouvernement américain lui-même a fini par reconnaître l'existence de problèmes. Le ministère américain de la Sécurité intérieure (DHS) a admis les risques posés par la surpopulation et l'insécurité dans des centres de rétention de migrants clandestins au Texas, où des élus démocrates ont dénoncé des conditions de vie "effroyables".
"Nous sommes inquiets de la surpopulation et la détention prolongée qui représentent un risque immédiat pour la santé et la sécurité des agents et officiers du DHS ainsi que des détenus", indique dans un rapport l'Inspection générale du ministère, un organisme de surveillance interne.
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Chose importante, le rapport comprend une dizaine de photos, alors que même les élus qui ont visité les centres en question n'avaient pas le droit de capturer des images, précise le Washington Post.
Une vidéo filmée en cachette
Ces derniers mois, la frontière avec le Mexique connaît un afflux massif de migrants tentant d'entrer illégalement sur le territoire américain : 144 000 personnes ont été placées en détention par la police aux frontières en mai.
La semaine dernière, les médias américains, privés de photos, avaient d'abord manié le poids des mots. "Nous avons visité un centre de détention frontalier pour enfants. Ce que nous avons vu était affreux", annonçait la chaîne CNN le 25 juin.
Quelques jours plus tard, le 1er juillet, les parlementaires démocrates faisaient de même après leur visite de centres de rétention à El Paso et Clint, deux villes frontalières du Mexique. "Les agents gardaient les femmes dans des cellules sans eau et leur avaient dit de boire l'eau des toilettes", tweetait dans la foulée la star démocrate Alexandria Ocasio-Cortez.
Pour donner corps à ce qu'il avait vu, le chef de la délégation parlementaire, Joaquin Castro, a capturé malgré l'interdiction quelques photos et vidéos lors de sa visite, diffusées ensuite via son compte Twitter. Dans l'une de ces vidéos, qui montre une cellule commune sans lit, le parlementaire montre des femmes dans des sacs de couchage, lui expliquant qu'elles sont privées de douches et n'ont pas accès aux médicaments.
Une pression et un scandale croissants dont la diffusion du rapport du DHS semble être le point d'orgue. Les agents du ministère se sont en réalité rendus dans le courant du mois de juin dans cinq centres de rétention situés près de la frontière. Ils ont constaté que certains mineurs non accompagnés âgés de moins de sept ans attendaient leur transfert depuis plus de deux semaines, alors que ces enfants doivent normalement être remis à leur famille ou pris en charge par des agences gouvernementales dans les 72 heures.
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Les enquêteurs évoquent également le manque d'accès à une douche, de repas chauds ou de vêtements de rechange, des conditions de détention qui ne répondent pas aux normes du ministère.
Pour un responsable de centre, cité dans le rapport, la situation est une "bombe à retardement". Plusieurs incidents ont déjà eu lieu entre les détenus.