Si Joe Biden se représente en 2024, comme il semble en avoir l'intention, il aura 82 ans au jour de sa prise de fonctions, en janvier 2025. A la même date, Donald Trump aura 78 ans. L'élection risque de ressembler à un duel d'octogénaires. "Tous ces vieux hommes politiques posent un sérieux problème. Ce n'est pas sain pour la démocratie", résume Harold Pollack, professeur de santé publique à l'université de Chicago. On se moquait de l'URSS ou de la Chine, dirigées par des vieillards cacochymes, mais l'Amérique est devenue une gérontocratie.
Les papys sont partout. Mitch McConnell, le leader des républicains au Sénat, a 80 ans et Chuck Schumer, son homologue démocrate, 71. L'âge moyen des sénateurs tourne autour de 64 ans, contre 53 ans en 1981. Le Sénat compte 7 octogénaires sur 100 élus. Les représentants à la Chambre - 58 ans en moyenne - sont plus jeunes, mais Nancy Pelosi, la cheffe de file des démocrates, totalise 82 printemps. L'administration n'est guère plus fringante. Le Dr. Anthony Fauci en charge de la pandémie a 81 ans. Plus d'un quart des deux millions de fonctionnaires fédéraux sont proches de la soixantaine. La Cour suprême ? Nommés à vie, 5 juges sur 9 ont dépassé soixante ans.
En politique, la question de l'âge est longtemps restée taboue. Mais elle a fait irruption lors de la dernière présidentielle. Joe Biden est le plus vieux président jamais élu. Le candidat démocrate Bernie Sanders, lui, a fait une crise cardiaque à 78 ans en pleine campagne. Deux ans plus tard, le sujet fait de nouveau polémique. "Des gens comme Biden ou Trump devraient se retirer et laisser la porte ouverte aux jeunes générations. On ne peut pas assumer les risques, notamment en matière de santé", a déclaré publiquement David Gergen, qui a conseillé quatre présidents.
Vantardises de Trump
Une nouvelle candidature Biden inquiète de plus en plus le camp démocrate. "La présidence est un job monstrueusement ardu et la dure réalité, c'est que le président sera plus près de 90 ans que de 80 à la fin du second mandat", a lâché David Axelrod, l'ex-stratège du président Obama, dans le New York Times. Or, le nombre des années, s'il est censé être un gage d'expérience, est également un handicap. Donald Trump, malgré ses vantardises sur sa forme "extraordinaire", a refusé de publier son bilan de santé. Récemment, le San Francisco Chronicle a publié un article assassin sur Dianne Feinstein, une sénatrice démocrate de 88 ans, qui ne reconnaît plus ses collègues. Lors d'un éloge funèbre, elle a oublié de mentionner la défunte !
Vouloir conserver son siège à tout prix peut avoir des effets désastreux. Malgré sa santé déclinante, feu Ruth Bader Ginsburg a refusé de prendre sa retraite sous Obama. La juge de la Cour suprême, une démocrate, est finalement morte à 87 ans sous Donald Trump... qui l'a aussitôt remplacée par une archi conservatrice, favorable à l'interdiction de l'IVG.
Situations ubuesques
La classe politique née dans les années 1940 et 1950 est dépassée sur nombre de sujets. Cela débouche sur des situations burlesques. Lors d'une audition au Congrès sur la tech en 2018, un représentant républicain de l'Iowa s'est emporté contre le patron de Google, Sundar Pichai. La raison ? Sa petite fille avait des difficultés avec son iPhone. Pichai lui a rétorqué que ce n'était pas à Google, mais à Apple qu'il fallait s'en plaindre.
La vieille garde est de plus en plus en déconnectée de la société. "En termes de climat ou de LGBT, tous ces vieux au pouvoir pensent différemment des électeurs de moins de 40 ans, remarque Harold Pollack. Ils sapent la légitimité du système démocratique auprès des jeunes, qui risquent de devenir plus cyniques si les deux candidats les plus âgés de l'Histoire se présentent en 2024." Yuval Levin, du think tank American Enterprise Institute, ajoute : "Le fait d'être gouverné par des octogénaires empêche d'orienter la société vers l'avenir et contribue à un sentiment largement partagé de désespoir sur notre pays." Voilà quelques mois, Elon Musk, le fondateur de Tesla, a tweeté : "Mettons un âge limite aux mandats électifs." Selon un sondage récent, 6 Américains sur 10 partagent cette idée.
