L'étoile montante Andrew Cuomo fait pâle figure. L'actuel gouverneur de l'État de New York se trouve dans la tourmente ces derniers jours, après la multiplication de témoignages de femmes l'accusant de harcèlement sexuel. Dernier en date lundi, lorsqu'une New-yorkaise de 33 ans a dénoncé son comportement inapproprié lors d'un mariage en 2019. L'élu de 63 ans lui aurait demandé s'il pouvait l'embrasser, alors qu'elle venait de repousser la main qu'il avait posée dans son dos. "J'ai été si troublée et choquée et gênée (...) J'ai détourné la tête et suis restée sans voix", a-t-elle déclaré au New York Times.
Un témoignage qui s'ajoute à ceux de deux anciennes collaboratrices du gouverneur. Mercredi dernier, son ex-conseillère économique a affirmé qu'il l'avait embrassé sur la bouche sans son consentement, et qu'il avait suggéré qu'elle joue avec lui au strip-poker entre 2015 et 2018. Quatre jours plus tard, une ancienne collaboratrice de 25 ans a aussi relaté qu'Andrew Cuomo lui avait fait des avances qui l'avaient mise "mal à l'aise" au printemps.
Etoile montante du parti démocrate
Alors qu'il était surtout connu pour être le fils de Mario Cuomo, gouverneur avant lui entre 1983 et 1994, et le frère de Chris Cuomo, présentateur vedette de CNN, Andrew Cuomo avait accédé à une notoriété nationale au printemps dernier lors de la première vague de la pandémie à New York. Ses conférences de presse quotidiennes et sa gestion ferme de la crise sanitaire - saluée de tous bords - en avaient rapidement fait un héros de l'Amérique.
"Il était devenu une autorité morale incontournable au sein du parti démocrate. Certains le voyaient même en candidat potentiel à l'élection présidentielle. Donc c'est en cela que le choc est très fort depuis ces derniers jours", décrypte Jean-Éric Branaa, maître de conférences à l'Université Paris-II-Panthéon-Assas, et spécialiste de la politique américaine.
Face au tollé général, l'intéressé a présenté ses excuses dimanche pour des commentaires qui ont selon lui "été interprétés à tort comme un flirt indésirable". "Au travail, je pense parfois être taquin et faire des blagues que je crois être amusantes. (...) Je comprends maintenant que mes interactions peuvent avoir été indélicates ou trop personnelles et que certains de mes commentaires, compte tenu de ma position, ont fait ressentir aux autres des sentiments que je n'avais jamais voulu", a-t-il déclaré dans un communiqué.
Une explication qui n'a toutefois pas semblé convaincre, y compris dans son camp. "Qui diable essaie de s'expliquer en disant : j'étais juste en train de plaisanter ? Cela confirme encore plus un état d'esprit d'une autre époque", l'a taclé dès lundi matin le maire de New York, Bill de Blasio, avant de suggérer plus tard dans la journée qu'il serait préférable qu'il démissionne.
L'embarras de son camp
Les appels en ce sens se sont d'ailleurs multipliés ces derniers jours. "Le temps est venu. Le gouverneur doit démissionner", a tweeté dans la soirée de lundi la représentante démocrate de New York, Kathleen Rice, après la révélation du troisième témoignage. Le chef adjoint du Sénat de l'État, Mike Gianaris, a pour sa part qualifié d'"incroyablement dérangeantes" les accusations portées. Dans la foulée, la procureure générale de l'État, Letitia James, a officiellement annoncé une enquête pour des faits de harcèlement sexuel.
De quoi sérieusement interroger sur la capacité du gouverneur à se maintenir en place. "Il y a beaucoup d'embarras dans le parti démocrate autour de cette affaire. Personne n'ose vraiment soutenir Andrew Cuomo par peur de froisser l'aile gauche, ou que de nouveaux témoignages sortent", analyse Nicole Bacharan, historienne spécialiste des États-Unis. Il va sans dire que la photo d'Andrew Cuomo en une du New York Post de ce mardi, tenant entre ses mains le visage de l'une des femmes qui l'accusent, ne va pas arranger les choses.
L'élu comptait se présenter à un quatrième mandat l'année prochaine mais les principaux donateurs de sa campagne ont décidé lundi de suspendre leurs apports financiers, le temps de réévaluer leur soutien. "Je pense que les gens qui l'aiment et qui sont avec lui depuis longtemps se grattent la tête, en se demandant comment il s'est mis dans cette position", a ainsi déclaré lundi à CNBC, Bernard Schwartz, un homme d'affaires new-yorkais soutenant Cuomo depuis des années.
Pour ne rien arranger, Andrew Cuomo se trouvait déjà sous le feu des critiques quelques jours plus tôt, pour avoir minimisé le nombre de morts liés au Covid-19 dans les maisons de retraite. Une enquête préliminaire a notamment été ouverte par les procureurs fédéraux new-yorkais. Selon un sondage Harvard CAPS-Harris publié lundi, 71% des électeurs estiment qu'il devrait être destitué s'il s'avère qu'il a sciemment dissimulé certains décès en pleine pandémie. De quoi ternir encore son image de héros.
