Il a parlé. Et les militants ont bu ses paroles. Au Conservative Political Action Conference, ou CPAC, le grand rendez-vous annuel des conservateurs américains [où Marion Maréchal-Le Pen avait été invitée en 2018], Donald Trump a prononcé dimanche son premier discours depuis qu'il a quitté la Maison-Blanche, voilà un mois. Point d'orgue de trois jours de tables rondes et de discours républicains, son allocution d'une heure a remobilisé les troupes, conquises d'avance. "Il m'a redonné l'envie de me battre !", dit ainsi la pétulante Marya Pickering, de rouge vêtue, alors que les halls lumineux de l'hôtel Hyatt Regency d'Orlando se vident petit à petit.
Trumpiste de la première heure, Jonathan Riches partage son avis : "Trump est un patriote. Il a tenu ses promesses. Les gens ici ne veulent pas du politiquement correct. Ils veulent mettre l'Amérique d'abord", affirme-t-il après s'être fait prendre en photo à côté d'une statue de l'ex-président, entièrement en or et... un brin bling-bling. Regrette-t-il que l'ancien vice-président Mike Pence, avec qui Donald Trump s'est fâché après l'envahissement du Capitole le 6 janvier, ait décliné l'invitation du CPAC ? "Pas vraiment, dit-il. Donald Trump est le Parti républicain. Ceux qui ne sont pas avec lui n'y ont pas leur place"
Haro sur les "faux républicains"
Au CPAC 2021, ceux qui critiquent l'ex-chef de l'État ne sont pas vraiment les bienvenus. Près de cinquante ans après sa création, ce rendez-vous incontournable qui attire des milliers de personnes chaque année est devenu une forteresse trumpiste. Ainsi, trois jours durant, élus, militants anti-avortement et pro-armes, libertariens, penseurs et entrepreneurs conservateurs se sont succédé sur la grande scène pour prêter allégeance au milliardaire, venu en voisin [Trump réside désormais dans sa villa de Mar-a-Lago, également en Floride]. Et, souvent, critiquer violemment les républicains anti-Trump qui ont commis le crime de lèse-majesté de l'incriminer pour les événements du 6 janvier à Washington.
Dans la foule des militants, Josh Valentine étrille ainsi les "RINO" (Republican In Name Only), c'est-à-dire ces "faux républicains" qui ne seraient pas assez à droite comme Liz Cheney, la numéro 3 du parti à la Chambre des Représentants ou le sénateur de l'Utah Mitt Romney, l'ex-candidat à la présidentielle 2012 [battu par Obama] et seul républicain du Congrès à avoir voté deux fois en faveur des deux procédures d'impeachment à l'encontre de l'ex-président. "Donald Trump est le chef du parti, explique cet ancien fonctionnaire de l'administration pénitentiaire. Les républicains qui s'opposent à lui n'appartiennent plus au parti : ils ont l'étiquette du Parti républicain mais, en fait, ils ne le sont pas vraiment. Donald Trump, lui, défend le peuple. Et ils devraient s'en inspirer...".
"Même Monsieur Patate est victime de la
Le long de la "Broadcast Row", une allée de petits studios où les politiques donnent des interviews et prennent des selfies, le petit monde trumpiste s'active. Tandis qu'un animateur noir de Fox News pose avec des groupies, le très trumpiste député de Floride Matt Gaetz fend la foule d'un pas pressé, talonné par des fans et des journalistes, après sa sortie sur "Monsieur Patate", le jouet culte auquel le fabricant Hasbro vient d'annoncer qu'il abandonnait officiellement le préfixe "Monsieur" afin d'en faire un jouet "non genré". "Monsieur Patate était le premier jouet transgenre des États-Unis [il est dépourvu de parties génitales] ironise le député Matt Gaetz. Et cependant, même lui est victime de la cancel culture!", ajoute l'élu qui est un ami de Donald Trump Jr., le fils de.
À quelques mètres de là, au milieu d'une procession de casquettes rouges "Make America Great Again" (MAGA) et de robes aux couleurs de la bannière étoilée, le célèbre James O'Keefe, fondateur du groupe de lanceurs d'alerte ultra-conservateur Project Veritas - qui cible les médias prodémocrates - donne des interviews sur le sujet qui l'occupe : la suspension du compte Twitter de Project Veritas qui comptait 700 000 followers.
"Le Covid est une blague, il n'est pas plus mortel que la grippe"
Au CPAC, évidemment, personne ne s'embarrasse de masques, bien qu'ils soient requis par l'hôtel et le comté d'Orange, où se trouve Orlando. Vendredi, à l'ouverture du congrès, deux organisateurs ont tenté de rappeler la règle... avant de se faire huer par le public. "Le Covid est une blague, il n'est pas plus mortel que la grippe", estime Eileen Escalante, responsable d'un groupe de jeunes républicains de Floride qui dispose d'un stand à CPAC parmi d'autres organisations conservatrices. Un mois après l'évènement de Joe Biden à la Maison-Blanche, cette chrétienne attendait le retour de Trump avec impatience, mais pas tout à fait comme le messie. "Trump est le catalyseur du mouvement, dit-elle, mais tous les conservateurs doivent se lever et ne pas se reposer sur un seul leader. On doit se présenter aux élections et récupérer notre pays."
Sans le savoir, la militante vient de livrer une "photographie" politique du mouvement conservateur en pleine ébullition. D'un côté Donald Trump reste le leader du Parti républicain : un sondage effectué parmi les militants à Orlando montre que 95% d'entre eux approuvent l'agenda et la politique menés par le président sortant. Mais une portion significative aimerait aussi voir émerger de nouveaux visages d'ici à la présidentielle de 2024.
