Alors que les démocrates se sont emparés de la Chambre des représentants -tandis que les républicains gardent le Sénat- Donald Trump a remercié ses partisans à l'issue des élections de mi-mandat, ce mardi. "Immense succès ce soir. Merci à tous !", a tweeté le président, qui s'est beaucoup investi dans la campagne. Le scrutin est considéré comme un référendum sur sa personne. Président-fondateur de Potomac Strategy Group, le consultant Matt Mackowiak préside le Parti républicain dans le comté de Travis (Texas), qui englobe la capitale Austin. Il estime que le président américain est mal compris en Europe. Voici son plaidoyer.

L'EXPRESS : Malgré le recul des Républicains à la Chambre des représentants, Donald Trump demeure plus populaire qu'on ne l'imagine en Europe. Quelque chose nous échappe ?

Matt Mackowiak : La perception des Européens passe à travers le filtre des journalistes américains, très anti-Trump. Basés à New York et Washington, ceux-ci vivent un peu dans une bulle. Tous ne sont mal intentionnés, loin de là, mais tous, ou presque, sont passés par un système éducatif "liberal" et fréquentent des gens issus du même biotope. Il existe un certain élitisme consanguin qui se traduit dans la couverture médiatique de la présidence Trump. Voilà quelques mois, une enquête du Pew research center a publié une étude montrant que cette couverture était à 92% négative.

Matt Mackowiak, consultant et président du Parti Républicain dans le comté de Travis (Texas)

Matt Mackowiak, consultant et président du Parti Républicain dans le comté de Travis (Texas)

© / SDP

Trump n'a-t-il pas une part de responsabilité ?

Aussi. Mais nous n'avons jamais vu un président attaqué ainsi. Soit dit en passant, je ne le soutiens pas sur tous les sujets. Au moment de Charlottesville [en août 2017, Trump a qualifié des militants néonazis de "fine people", des "gens bien"], je l'ai durement critiqué. Mais aucun président ne devrait être traité aussi négativement par la presse, à moins d'avoir provoqué une crise majeure. Et surtout pas si, comme c'est le cas, sa popularité tourne autour de 40 à 45%.

Ne se complait-il pas dans ce climat de division ?

Le pays est polarisé depuis un long moment, au moins depuis l'élection de George W. Bush contre Al Gore en 2000. Parfois, les Américains retrouvent leur unité, comme après le 11 Septembre 2001 ou après la tuerie de l'école primaire de Sandyhook (28 morts, dont 20 enfants, en 2012). Mais le pays est divisé à fifty-fifty, ou plus exactement à 40 contre 40, avec les 20% du milieu qui penchent dans un sens ou l'autre. Aucun des deux côtés n'a envie de se réconcilier avec l'autre. Les démocrates haïssent Trump. Ils ont voulu l'empêcher de gouverner dès le premier jour... pour la simple raison qu'il était Donald Trump.

Qu'apprécient chez lui les supporters du président ?

En dehors de sa réussite économique qui est maintenant indéniable, le fait qu'il soit un fighter, un bagarreur, joue pour lui. Trump n'est pas un politicien traditionnel : il ne cherche pas à obtenir les bonnes faveurs de l'élite. Au contraire, il leur fait des bras d'honneur sans arrêt. Ses électeurs adorent cela ! Surtout, Trump a déjà accompli beaucoup des choses qu'il avait annoncé. Il a tenu ses promesses ; c'est si rare en politique...

Par exemple ?

La réforme fiscale. D'une façon ou d'une autre, tous les présidents s'y sont essayés depuis Ronald Reagan. C'est très difficile à réaliser mais Trump l'a fait. Certains le critiquent parce que cette réforme des impôts profite d'abord aux entreprises et aux hauts revenus. Mais en la combinant avec les déréglementations dans de nombreux domaines, il est parvenu à créer une dynamique économique qui explique le boom de croissance actuel, autour de 4%, mais aussi la baisse du chômage, au plus bas depuis 55 ans, la confiance des ménages qui s'envole, le marché de l'immobilier qui monte ou encore les salaires qui augmentent, pour la première fois depuis une génération.

Quoi d'autre ?

Il a augmenté le budget de la Défense. Mieux, il a donné du pouvoir aux militaires en simplifiant les règles d'engagement au combat. En clair, il a desserré la bride. Barack Obama, lui, exerçait un contrôle quotidien tatillon sur la moindre décision de l'armée parce qu'il se préoccupait avant tout des éventuels dommages collatéraux sur les terrains d'opération. Il ne voulait surtout pas passer pour un va-t-en-guerre. Donald Trump se contrefiche de ce genre de chose : il veut juste défoncer l'organisation État islamique (EI). A peine élu, il est allé trouver le militaire le plus dur-à-cuire de tous les Etats-Unis, le général des Marines Jim Mattis, et il lui a confié les clefs du Secrétariat à la Défense. Avec cette instruction : "Faites votre job, et inutile de me rendre des comptes." Je simplifie mais c'est à peu près ça. Il y a deux ans, l'EI décapitait des gens et étendait son "califat" ; aujourd'hui, l'EI est pratiquement défait.

C'est donc ça la "méthode Trump" ?

Le président excelle dans les domaines suivants : la négociation et le rapport de force. Voyez comment il a procédé avec les Canadiens pout renégocier l'Accord de libre-échange nord-amércain (Nafta). Lorsqu'il a vu que le Canada lui résistait, il s'est tourné vers le Mexique pour faire un deal séparé avec Mexico. Et cela au moment opportun puisque notre voisin du Sud se trouvait en période de transition politique [élu le 1er juillet Andres Manuel Lopez Obrador ne prendra ses fonctions qu'en janvier]. Ensuite, il est retourné voir les Canadiens, lesquels sont peut-être suffisamment forts pour tenir tête aux Etats Unis, mais pas pour résister à un attelage Etats-Unis-Mexique. Maintenant, il met la pression sur la Chine et augmente les taxes sur leurs importations à un niveau jamais vu. Cela nous pénalise car Pékin prend des contre-mesures, certes, mais les Chinois soufrent plus que nous. Et Trump veut encore accroître la pression afin de les obliger à négocier en vue de rééquilibrer notre relation commerciale.

Comment expliquer que l'affaire du juge de la Cour suprême Brett Kavanaugh [accusé d'être l'auteur d'une agression sexuelle dans sa jeunesse] n'a pas nui à Trump ?

Lors des auditions publiques, en septembre, les Américains ont d'abord écouté son accusatrice Christine Blasey Ford. Puis, ils entendu la défense de Kavanaugh. Et ils se sont dit : "Cette femme est crédible... mais lui est au moins aussi crédible qu'elle. Qui plus est, cette histoire est vielle de 36 ans, et qui sait vraiment ce qui s'est passé alors ? Et comment les Démocrates peuvent-ils être aussi certain de leur accusation, si ce n'est parce qu'ils ont un objectif politique derrière la tête au mépris de la présomption d'innocence qui doit bénéficier à l'accusé ?" Voilà leur raisonnement. Au bout du compte, Trump et Kavanaugh n'ont pas perdu le moindre soutien. Le plus remarquable, c'est précisément que Trump a soutenu Kavanaugh jusqu'au bout. Tout autre président avant lui, y compris républicain, l'aurait laissé tomber en cours de route. Mais Trump agit comme un joueur de poker : sur la défensive, il double la mise. S'il perd le pli et qu'il n'a plus d'argent, alors il mise sa montre ! Et s'il perd encore, alors il sort de sa poche ses clefs de bagnole et enchérit sur le tapis vert ! Le simple fait de surenchérir décourage les autres joueurs et lui permet de gagner.