Pourquoi choisir deux acteurs blancs pour représenter l'un des plus grands poètes et mystiques persans, Rumi, et son maître spirituel, Chamseddin Tabrizi?

Le projet de film hollywoodien sur le sage révéré de l'Afghanistan à la Turquie en passant par l'Iran a créé un scandale sur les réseaux sociaux. En cause, la rumeur selon laquelle le producteur, Stephen Joel Brown, qui travaille avec le scénariste David Franzoni sur ce projet, voulait attribuer le rôle du mystique soufi à Leonardo Di Caprio. Et pour interpréter Chamseddin Tabrizi, le mentor de Rumi, le producteur aurait pensé à Robert Downey Jr.

La nouvelle a aussitôt créé un mouvement d'indignation au Moyen-Orient et en Asie, mais également aux Etats-Unis où la dernière cérémonie des oscars avait déjà été critiquée pour son manque de diversité, en début d'année: pour la deuxième année d'affilée, les vingt finalistes 2016 dans les principales catégories étaient blancs.

#RumiWasntWhite

Le projet de film sur Roumi a aussitôt donné lieu au mot-clé #RumiWasntWhite (Rumi n'était pas blanc), et plusieurs pétitions ont été lancées pour dire non à la manie de Hollywood pour le whitewashing (choisir des acteurs blancs pour jouer des personnages qui ne le sont pas).

Les auteurs du projet se sont pourtant défendus en expliquant qu'un de leurs objectifs était de contrer les stéréotypes sur les musulmans. Rumi, connu en Iran et en Turquie sous le nom de Mawlana/Mevlana ("notre seigneur") a été célébré par l'Unesco en 2007 à l'occasion du 800e anniversaire de sa naissance. Il aimait à fréquenter les chrétiens et les juifs tout autant que les musulmans. C'est pourquoi David Franzoni et Stephen Joel Brown avaient choisi de consacrer un film au mystique de langue persane né à Balkh, dans le Khorassan (aujourd'hui en Afghanistan) qui a fui vers l'ouest les invasions mongoles, via l'Iran, avant de se fixer à Konya, capitale des Seldjoukides du Sultanat de Roum (d'où son surnom).

On fait appel aux minorités pour jouer les rôles de sauvages

"Los Angeles est la capitale de la diaspora iranienne aux Etats-Unis", a protesté une intellectuelle irano-américaine, qui regrette que Hollywood fasse appel à des hommes originaires d'Asie et du Moyen-Orient pour jouer les rôles de Perses sauvages dans 300, mais qu'on choisisse Jake Gyllenhaal pour incarner le Prince of Persia.

Leonardo Di Caprio a-t-il entendu le message ? L'acteur de The Revenant ne serait pas intéressé par le rôle, selon des proches de l'acteur récemment contactés par The Hollywood Reporter.