"Mon papa a changé le monde." Cette phrase, remplie d'espoir, avait été prononcée par Gianna, six ans, au début du mois de juin 2020. Une semaine avant, son père, George Floyd, mourrait étouffé sous le genou d'un policier, filmé par un téléphone portable qui montrera l'horreur au monde entier. Près d'un an plus tard, mardi, la justice américaine vient de qualifier cette mort : un meurtre, pur et simple, commis par Derek Chauvin.

Quel verdict sans vidéo ?

Le jury, composé de douze Américains de tous horizons, n'a pas eu besoin de plus de deux jours pour trouver l'unanimité et déclarer l'ancien policier coupable de tous les chefs d'accusation. "Faites confiance à vos yeux, cette affaire est exactement ce que vous avez ressenti lorsque vous avez vu cette vidéo pour la première fois", avait plaidé le procureur Steve Schleicher avant le verdict. Si Darnella Frazier, une adolescente de 17 ans, n'avait pas filmé ces 9 minutes et 29 secondes d'agonie, le policier Derek Chauvin serait-il libre aujourd'hui ? Il risque désormais plus de quarante ans de prison.

Une condamnation rare dans le système judiciaire américain, particulièrement clément avec les forces de l'ordre, même en cas de meurtre. Un verdict à la hauteur de l'émotion suscitée par ce supplice et le manque de regrets exprimés par l'ancien policier, incapable de prendre la parole pour expliquer son geste lors du procès. "Les délibérations pour condamner ce pourri n'auraient pas dû durer plus de dix minutes, souffle Jason Sole, un militant afro-américain de Minneapolis, au téléphone. Aujourd'hui, nous sommes soulagés, évidemment. Mais c'est une seule condamnation pour des milliers de morts noirs, je ne peux pas appeler cela 'justice'. Nous ne sommes qu'au début de la lutte."

LIRE AUSSI : Procès de Derek Chauvin : ce que la mort de George Floyd a changé (ou non) aux États-Unis

Si l'Amérique est loin d'avoir résolu ses problèmes de violences policières et d'inégalités raciales, les mentalités semblent évoluer. En plein procès George Floyd, le 11 avril, un jeune homme noir de vingt ans, Daunte Wright, a été abattu par la police de Minneapolis au volant de sa voiture. La policière a expliqué avoir confondu son pistolet avec son taser... Changement notable, les autorités n'ont pas cherché à protéger leur agent et ont diffusé la vidéo rapidement après les faits. Tout aussi vite, la policière a été inculpée pour homicide involontaire et sera jugée.

Même chose à Chicago. Le 15 avril, la maire démocrate Lori Lightfoot n'a pas non plus caché la vidéo montrant la mort d'un adolescent de 13 ans, tué par la police alors qu'il avait les mains en l'air. Les autorités ont suspendu le policier responsable, avant enquête.

Au lendemain du meurtre de George Floyd, avant la diffusion de la vidéo, la ville de Minneapolis avait décrit sa mort comme un simple "incident médical lors d'une interpellation"... Son décès n'a sans doute pas changé le monde, comme le rêve sa fille Gianna. Mais grâce au soulèvement qu'il a créé, l'Amérique et ses pouvoirs publics évoluent. Doucement. Sans doute trop doucement.