La diplomatie, c'est parfois simple comme un coup de fil. Il aura suffi que Joe Biden et Emmanuel Macron se parlent pendant un peu moins d'une heure, mercredi 22 septembre, pour que les tensions commencent à diminuer - au moins en apparence - entre Paris et Washington. Les deux présidents ont convenu que "des consultations ouvertes entre alliés sur les questions d'intérêt stratégique pour la France auraient permis d'éviter cette situation". Une reconnaissance par la Maison Blanche que des erreurs ont été faites dans le dossier des sous-marins australiens, et qu'il est grand temps de tourner la page. "Joe Biden marche à l'affect, il pense que la diplomatie passe par l'établissement de relations personnelles entre les dirigeants, souligne Charles Kupchan, professeur de relations internationales à la Georgetown University. Il comprend la colère de Macron et voit dans cette situation une opportunité pour remettre les compteurs à zéro entre eux deux. Nos pays ont tout intérêt à réparer les dégâts et aller de l'avant."
Une coopération franco-américaine promise à des jours meilleurs
La détente, espérée par Paris, intervient après l'escalade de la semaine passée. L'ambassadeur français va pouvoir prendre son billet retour pour Washington, six jours après avoir été rappelé dans un moment de colère noire de la diplomatie française. "La fureur d'Emmanuel Macron était compréhensible, ce genre d'attitude entre alliés est inadmissible, mais il est allé trop loin en rappelant son ambassadeur, estime Charles Kupchan. Il s'agissait du premier rappel d'ambassadeur dans l'histoire commune de nos deux pays, alors que le dossier ne concerne que des maladresses du côté américain, pas une rupture franche. Cette période fait des dégâts, mais elle ne constituera pas un tournant dans la relation transatlantique." Les discussions entre les deux camps vont s'accentuer dans les prochains jours, Jean-Yves Le Drian devant parler avec son homologue américain, Antony Blinken, ce jeudi en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. Par ailleurs, une rencontre Biden-Macron a été annoncée pour fin octobre.
Si Paris se dit prêt à tourner la page avec Washington, l'ambiance reste glaciale avec Londres et Canberra. Mercredi, le Premier ministre australien, Scott Morrison, a indiqué qu'Emmanuel Macron n'avait toujours pas répondu à ses demandes d'échange par téléphone. Et pour cause, la France ne pardonne pas l'attitude australienne sur ce dossier. "Les Américains ont confirmé qu'ils avaient été démarchés par l'Australie et le Royaume-Uni dans cette affaire, explique un proche du dossier. Pendant 18 mois, les Australiens ont baladé les Français. C'est une trahison et un coup de poignard dans le dos, désormais étalé dans la presse anglo-saxonne par ceux qui en sont responsables."
À Paris, l'apaisement n'est toujours pas à l'ordre du jour avec l'Australie. L'ambassadeur de France à Canberra, lui aussi rappelé la semaine dernière, va donc prolonger son séjour à Paris, malgré la volonté australienne de calmer les esprits.
Londres, à l'inverse, ne semble pas vouloir éviter une confrontation directe avec la France, qui ne lui a accordé que du mépris depuis le début de la crise diplomatique. Paris n'a même pas fait l'effort de rappeler son ambassadeur à Londres, Jean-Yves Le Drian estimant que l'affaire des sous-marins ne constituait qu'un exemple supplémentaire de "l'opportunisme permanent" du gouvernement britannique. "Le Royaume-Uni a été l'accélérateur de cette affaire, ils ne sont que les facilitateurs du crime", siffle-t-on à Paris. Mercredi, Boris Johnson a répondu aux invectives françaises par un message peu diplomatique : "calmez-vous et foutez-moi la paix"... Une sortie qui n'a provoqué qu'un long silence côté français, ponctué de quelques haussements d'épaules. Au final, la nouvelle guerre froide se jouera peut-être au-dessus de la Manche.
