Il est "l'épine dans le pied" de Mitt Romney, le favori de la compétition républicaine. Il "doit même lui donner des maux de tête". Cet empêcheur de gagner en rond s'appelle Ron Paul. Cela fait des années, des décennies même, qu'il prêche son credo libertarien. Une époque révolue, semble-t-il: il a dépassé les 20% des voix recueillies lors du caucus de l'Iowaet de la primaire du New Hampshire.

Un tour de force pour le doyen des prétendants qui souhaitent défier Barack Obamaen novembre 2012 sous la bannière républicaine. Alors même que certains pariaient sur la candidature de son fils Rand Paul, plutôt que sur la sienne. Comment expliquer ce phénomène?

La liberté, toute la liberté, rien que la liberté

Son succès vient, au fond, couronner sa constance. Son score est "une victoire pour la cause de la liberté", la valeur centrale de son programme, lançait-il mercredi. Car à 76 ans, Ron Paul n'a jamais varié d'un iota sur sa ligne: plus de liberté, moins de gouvernement, moins d'impôts, une défense nationale forte, le retrait des troupes américaines de tout théâtre étranger. A force de dire "non" à toute limitation de la liberté de ses concitoyens et à toute attaque contre la propriété privée, ce médecin a acquis le surnom de "Docteur No".

Sans cette grille de lecture, ses prises de position peuvent déconcerter. Et son discours, longtemps décrit comme celui d'un ovni-excentrique-et-rigolo-qu'on-ne-comprend-pas-mais-après-tout-pourquoi-s'en-donner-la-peine, entre désormais en résonance avec le profond mécontentement de nombreux Américains: ceux qui "cherchent à faire entendre bruyamment leurs voix contre le choix de l'establishment républicain", estime notre correspondant Philippe Coste.

"Ron Paul fait le plein des voix de son électorat habituel: jeunes, individualistes militants, presque anarchistes, hostiles aux politiciens vendus, à l'autorité de l'Etat et à l'aventurisme militaire. Et il attire les conservateurs de la vieille école, républicains peu religieux, surtout attachés à la réduction du pouvoir de l'Etat", résume-t-il. Ils ont dû apprécier, alors, que lors de "l'épisode du oups" de Rick Perry, en plein débat télévisé, leur champion rebondisse: "Ce ne sont pas trois ministères qu'il faut supprimer, mais cinq!"

Internet aime le "papy libertarien"

Ajoutez à cela le sentiment d'une revanche prise sur Washington et les médias traditionnels... Tout article abordant le profil ou le succès de Ron Paul est d'ailleurs salué dans les commentaires par des remerciements pour s'être "enfin" penché sur son cas si particulier. Parions que ce nouvel article ne dérogera pas à cette règle! Car les internautes semblent s'être entichés du "papy libertarien".

Sur le Web, ses partisans disposent d'outils capitaux: les réseaux sociaux. Une étude des échanges concernant la politique américaine sur Facebook, parue début janvier, montre que Ron Paul pourrait presque rivaliser avec Barack Obama lui-même sur ce terrain - largement devant tous les autres prétendants républicains. "Et pourtant sur les graphiques, Ron Paul est placé en troisième position", derrière Obama et Romney, note un internaute dans les commentaires laissés sous cette étude. "L'ordre de Romney et Paul a été inversé. Pourquoi?", s'interroge-t-il.

Toujours à l'affût de la moindre injustice dont souffrirait leur champion, les pro-Ron Paul versent parfois même dans une facette moins reluisante du Web et relaient d'inquiétantes théories du complot. Un intérêt que le candidat partage d'ailleurs, comme le soulignait récemment Rue89. Proche de militants du Ku Klux Klan et de milices d'extrême droite, il serait même "le candidat préféré des conspirationnistes du 11-Septembre" ou de ceux qui considèrent que "le sida aurait été créé dans un laboratoire d'Etat américain".

Ces liens, plus ou moins serrés, transparaissent des publications signées Ron Paul depuis une vingtaine d'année, et dont des copies ou des scans ressortent sur des blogs comme celui-ci. Internet, une arme redoutable dont la puissance de frappe peut se retourner contre l'élu du Texas...

Le candidat de l'originalité

Tous les originaux attirés par Ron Paul ne sont pourtant pas d'obscurs complotistes. Lors de ses meetings, Yoda vient l'applaudir quand Darth Vader, lui, soutient Mitt Romney, le candidat du côté sombre de la force... En 2007, les gamers qui font partie de son auditoire lui avaient apporté leur soutien dans une vidéo ludique, par exemple.

Mais les trublions sympathiques pourraient bien finir par desservir sa cause. Son équipe de campagne se charge de canaliser l'énergie débordante des militants. Des consignes ont même été distribuées dans l'Iowa: couvrir les tatouages, se raser, être propre et gentil, éviter l'alcool et le sexe...

En revanche, ils elle n'a pu contenir la sortie d'un sympathisant qui veut lutter contre les substances nocives répandues dans l'atmosphère en y répandant du vinaigre. "Si ces gens veulent me soutenir, ils soutiennent ce que je fais et ce que je dis", assure Ron Paul qui précise toutefois: "En revanche, cela ne veut pas dire que je soutiens à mon tour ce qu'ils croient. "

Ron Paul a-t-il une chance d'aller encore plus haut et de détrôner Mitt Romney pendant ces primaires, en s'appuyant sur cette popularité croissante? Pas vraiment. "Il n'a plus grand chose à voir avec le parti républicain d'aujourd'hui, tenu par la droite religieuse, et qui se résout à contre-coeur à choisir Mitt Romney", juge notre correspondant. Reste qu'il aura été le phénomène de ces primaires républicaines. Et que le candidat finalement désigné devra composer, peut-être pas avec lui, mais avec ses fidèles troupes.