Il n'a pas le profil standard du candidat en Californie. Larry Elder, un Noir de 69 ans, présentateur d'une émission de radio politique, soutient des positions qui font même grincer des dents une partie des républicains, plutôt modérés dans cet Etat progressiste. Climatosceptique, il se dit contre l'avortement, le contrôle des armes, le Smic, et accuse le filet social d'être la cause de tous les maux de la société.
Avec des vues si radicales, il ne devrait pas avoir la moindre chance d'être élu en Californie, où les démocrates sont presque 2 fois plus nombreux que les conservateurs. Mais, grâce à une particularité du système électoral californien, il a été facile au camp républicain de déclencher un référendum pour demander un recall, la destitution du gouverneur - c'est par cette procédure qu'Arnold Schwarzenegger avait arraché ce poste en 2003.
Le 14 septembre, les électeurs vont donc décider si Gavin Newsom doit être remplacé, et par qui, parmi 46 candidats dont 9 démocrates et 24 républicains, y compris Caitlyn Jenner. Une procédure critiquée par de nombreux experts constitutionnels, car le scrutin se joue à la majorité relative. Ainsi, Larry Elder peut l'emporter avec seulement 20 % des suffrages. "Ça n'a aucun sens et ça viole les notions de base de la démocratie", dénoncent les professeurs de droit Erwin Chemerinsky et Aaron Edlin dans le Los Angeles Times.
"C'est un très bon orateur"
Le mouvement en faveur du recall a été lancé en 2020 par un groupe de conservateurs. La Californie étant un bastion démocrate, c'est le seul moyen pour eux de récupérer le fauteuil de gouverneur. Au début, personne n'a pris leur initiative au sérieux. Mais Gavin Newson est malmené par toutes sortes de crises, une sécheresse sans fin, de terribles incendies, une hausse de la criminalité et la pandémie, qui a entraîné de multiples restrictions impopulaires. Il s'est attiré aussi beaucoup d'inimitiés après avoir assisté sans masque en novembre à un dîner d'anniversaire dans un restaurant très chic, au mépris de ses propres consignes sanitaires.
Larry Elder a créé la surprise en émergeant en tête chez les républicains. "C'est le plus trumpiste des candidats, un très bon orateur et il a une notoriété dans les milieux conservateurs", explique Raphael Sonenshein, directeur du Pat Brown Institute for Public Affairs. Comme l'ex-président, il s'est fait connaître grâce une carrière médiatique, à la radio et sur Fox News.
Il se présente comme un outsider, adore la provocation et les théories du complot. Ces dernières semaines, les révélations négatives s'accumulent. On a ressorti ses innombrables propos sexistes, une ex-fiancée l'accuse d'avoir brandi une arme à feu lors d'une dispute...
Une aubaine pour Gavin Newsom, qui fustige un adversaire "plus extrémiste que Trump". Les deux concurrents sont au coude-à-coude. Si le gouverneur sortant reste favori, tout dépendra de la capacité des démocrates à mobiliser leurs troupes, moins motivées que celles des républicains.
"Si Elder gagne, ce sera un tremblement de terre", poursuit Raphael Sonenshein. Et pas seulement en Californie. "Ces élections sont le premier grand test avant les législatives de mi-mandat de 2022, et une défaite serait très démoralisante pour la gauche."
