Après la pluie, le beau temps. Ce proverbe décrit bien la situation de l'économie du Canada : après une chute du PIB de 5,2% en 2020 en raison de la crise sanitaire, le pays a enregistré une croissance de 4,6% l'an dernier. "La récession due à la pandémie a été sévère et soudaine, mais la reprise a été très rapide. Fin 2021, le PIB réel est revenu à son niveau de 2019", souligne Steven Ambler, professeur associé d'économie à l'Université du Québec à Montréal.

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Pour 2022, les signaux sont également au vert. Les économistes de la Banque nationale du Canada prévoient une croissance de 3,6%. Ce chiffre a toutefois été révisé à la baisse en début d'année, puisque les projections initiales tablaient sur une hausse supérieure à 4%. Mais la forte augmentation des prix ces derniers mois ­ - au plus haut depuis 1991 - ­a contraint la Banque centrale à relever ses taux d'intérêt. Une première depuis l'an 2000 ! Les autorités monétaires s'attendent à des prix durablement élevés cette année en raison des tensions géopolitiques faisant flamber les cours des matières premières. De quoi faire craindre une nouvelle récession ? Pas vraiment... "La croissance économique est dans une très bonne dynamique. Le Canada est bien positionné à moyen et long termes, même s'il y a quelques tensions à courte échéance, dont l'inflation. Et, contrairement à l'Europe, le choc pétrolier n'est pas négatif puisque le pays est exportateur net d'hydrocarbures", explique Sébastien Lavoie, économiste en chef de la Banque Laurentienne.

Toronto, locomotive économique du pays

Certes, des secteurs comme l'immobilier pourraient ralentir. Et les consommateurs se montrer plus sélectifs dans leurs achats, en dépit d'une épargne abondante accumulée durant la pandémie. En revanche, d'autres marchés devraient poursuivre leur ascension. En témoigne celui des données, à Toronto, en Ontario ­- la province est la locomotive économique du pays, contribuant à près de 40% du PIB. En témoigne également l'industrie du jeu vidéo, à Montréal, dans la province du Québec, qui génère environ 20% de la richesse produite au Canada. En témoignent enfin le secteur des hydrocarbures, en Alberta notamment, et celui des technologies de l'information à Vancouver, dans la province de Colombie-Britannique.

"Bien qu'il y ait des menaces liées à l'inflation et que la Banque centrale soit contrainte de jouer les équilibristes sur ses futures hausses de taux et dans sa communication, la situation est assez rassurante. Les prix élevés de l'énergie favorisent des régions comme l'Alberta et Terre-Neuve, dont les économies avaient été les plus affectées durant la pandémie", abonde Steven Ambler. Résultat de cette conjoncture plutôt favorable ? Le Canada a enregistré des exportations record au mois de mars, à 63,6 milliards de dollars (47 milliards d'euros) et un excédent commercial de 2,5 milliards de dollars (1,85 milliard d'euros).

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Malgré les tensions inflationnistes et le resserrement monétaire entamé par la Banque centrale -­ lequel devrait se poursuivre cette année pour contenir la hausse des prix -­, le Canada affiche un marché du travail extrêmement dynamique. De fait, le taux de chômage dans l'ensemble des provinces a atteint son plus bas historique en début d'année, aux alentours de 5%. Selon Statistique Canada, le nombre de postes à pourvoir s'élevait à 826 500 au mois de février. Si ce nombre a reculé par rapport au pic de 988 300 atteint en septembre 2021, il a tout de même bondi de 61,2% par rapport au premier trimestre 2020, juste avant la pandémie ! Si de telles créations d'emplois peuvent sembler positives, elles représentent en réalité un frein au développement des entreprises, qui ont du mal à trouver des candidats.

Un constat confirmé par l'enquête trimestrielle menée en début d'année par la Banque centrale, et mentionnée dans un discours de son sous-gouverneur, Toni Gravelle, le 12 mai dernier, au congrès de l'Association des économistes québécois : "Les pénuries de main-d'oeuvre sont encore répandues et beaucoup d'entreprises ont des difficultés à pourvoir leurs postes vacants. Et c'est surtout le cas au Québec. La création d'emplois est robuste depuis l'automne dernier dans la Belle Province et le taux de chômage est maintenant à un creux historique de 3,9%."

Pénurie de main-d'oeuvre dans tous les secteurs

Au-delà de la province francophone, c'est bien le pays dans son ensemble qui est affecté par le manque de talents disponibles. "La situation est problématique, car la pénurie de main-d'oeuvre se vérifie dans tous les secteurs", observe Yannick Paradis, directeur des ventes de Talent.com au Canada, la deuxième plateforme de mise en relation entre employeurs et employés du pays en matière de nombre de visiteurs mensuels. Selon lui, "ce sont les employés qui dominent le marché du travail". Et Sébastien Lavoie de souligner : "La problématique liée aux difficultés de recrutements est encore plus importante pour les entreprises locales que celle des goulots d'étranglement qui déstabilisent les chaînes de production et la logistique au niveau mondial..."

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Dans ce contexte tendu, les employeurs se concurrencent pour attirer des candidats en proposant des rémunérations attrayantes, très souvent au-dessus des minimums légaux. "Depuis la pandémie, on manque de livreurs, d'ouvriers, de chauffeurs et de caissiers. Or, dans ces secteurs, le critère le plus important est le salaire", confirme Yannick Paradis. Quant aux cols blancs, ce sont surtout dans les activités commerciales que les employeurs sont les plus demandeurs ­- et les plus dépensiers - , selon les données de Talent.com.

D'autres secteurs connaissent des situations à peine moins tendues, notamment les technologies de l'information et l'informatique (en particulier les postes de développeurs et d'analystes de données).

Plus que jamais, le Canada reste donc un eldorado pour ceux qui veulent émigrer et changer de vie. D'autant plus que le pays compte beaucoup sur l'immigration pour faire face à ses besoins de main-d'oeuvre. Un contraste avec l'Union européenne !

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