On l'avait vendu comme un grand moment de télévision, un show explosif, le premier épisode d'une série palpitante montrant comment la démocratie a failli basculer. Mais l'audition publique de la Commission d'enquête sur l'attaque du Capitole a un peu traîné en longueur par moments, faute peut-être d'orateurs aussi percutants que lors de la procédure d'impeachment de Donald Trump. Plus qu'une série Netflix, les deux heures en prime time ont pris davantage l'allure d'un réquisitoire dont le but était de mettre en lumière le rôle central que l'ancien locataire de la Maison-Blanche a joué pour faire invalider les élections. "Le 6 janvier a été la culmination d'une tentative de coup d'Etat", a affirmé Bennie Thompson, le président démocrate de la commission. "Donald Trump était au centre de ce complot". "Le président Trump a convoqué la foule, l'a rassemblé et a allumé la mèche" a renchéri Liz Cheney, la vice-présidente et rare républicaine de la commission.

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L'exercice n'était pas facile. La commission de neuf membres créée en juillet a dû résumer des centaines d'heures de témoignages et des milliers de documents. Posément, sans fioriture ni envolée lyrique, Bennie Thompson et Liz Cheney ont exposé méthodiquement les faits en mélangeant vidéos inédites, témoignages en direct et dépositions préenregistrées de la part de membres de l'équipe de Trump, y compris sa fille et son gendre.

L'objectif de cette première séance était d'expliquer que le 6 janvier n'était pas une explosion de violence spontanée mais une insurrection soigneusement planifiée et orchestrée, notamment par deux groupes d'extrême droite. Elle a donné la parole aux héros, comme la policière qui a été blessée dans la bataille et a raconté une "zone de guerre", mais aussi aux miliciens qui ont tous dit être venus "à l'appel de Trump". Le moment le plus fort a été la diffusion des images de la prise du Capitole, certaines jamais vues auparavant, qui montrent une foule violente en train de s'attaquer aux policiers, les employés et les élus qui s'enfuient précipitamment...

Une majorité de républicains pensent encore que les élections ont été truquées

Certes il y a eu quelques révélations. Selon les témoins, Trump a déclaré que son vice-président "méritait" d'être pendu. Et des membres de son gouvernement ont discuté la possibilité d'invoquer le 25e amendement qui leur aurait permis de le déposer. Mais les Américains vont-ils se passionner pour les cinq autres auditions ?

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Surtout, les conclusions de la Commission vont-elles convaincre la population du danger que représente Donald Trump ? Les neuf membres ont un dossier solide. Mais auront-ils assez de preuves pour répondre à la question centrale : que faisait Trump pendant l'émeute et quelle est sa part de responsabilité ? Liz Cheney a promis que les auditions à venir détailleraient les efforts de l'ex-président pour faire pression sur les responsables des élections, le ministère de la Justice...

Il y a peu de chances que cela résolve la crise de confiance dans le système électoral. Une majorité de républicains croient toujours que les élections de 2020 ont été truquées et que Joe Biden est illégitime. Fox News a d'ailleurs été la seule chaîne à ne pas retransmettre l'audition. Les républicains sont convaincus que l'enquête de la Commission n'aura guère d'impact car les gens ont tourné la page et ont bien d'autres préoccupations urgentes, notamment l'envolée du prix de l'essence. "Est-ce que Nancy Pelosi (la cheffe de file des démocrates à la Chambre) va tenir une audition en prime time sur l'inflation ?", s'est moqué le représentant républicain Steve Scalise.

Quant aux démocrates, ils sont bien conscients que cette enquête de onze mois ne va sans doute pas leur attirer plus de voix aux élections de mi-mandat, en novembre prochain. Mais elle pourrait, espère Adam Schiff, un des membres de la Commission, "réveiller les Américains face à la menace qui plane toujours sur notre démocratie". Si seulement.