Trump a fait école. A l'instar de l'ancien président, les ultras du Parti républicain sont de plus en plus nombreux à défrayer la chronique par des déclarations à l'emporte-pièce. Dernier exemple en date, Marjorie Taylor Greene, élue à la Chambre de représentants depuis un an, dont la récente saillie antivax lui a valu dimanche une suspension définitive de l'un de ses comptes Twitter. La veille, cette adepte de la mouvance complotiste QAnon avait évoqué, sans la moindre preuve, "un nombre extrêmement élevé de décès dus au vaccin contre le Covid-19".
"Les événements du 6 janvier 2021 à Washington n'ont pas du tout marginalisé les fidèles de l'ex-président, qui restent très présents dans les rangs du Grand Old Party (GOP), observe Nicole Bacharan, historienne spécialiste des Etats-Unis et auteure du livre Les Grands Jours qui ont changé l'Amérique (Perrin, 2021). On ne peut pas citer un seul nom d'un républicain qui ait été exclu, sanctionné ou rejeté, à cause de sa participation de près ou de loin aux événements du Capitole voilà un an."
A la Chambre des représentants, qui compte 435 élus, trois républicains sont même soupçonnés d'avoir apporté leur concours aux émeutiers du 6 janvier 2021. Selon Ali Alexander, l'un des organisateurs de la manifestation "Stop the Steal" ("Arrêtez le vol") - qui a précédé l'attaque du Capitole - il aurait été en contact étroit avec Mo Brooks, de l'Alabama ainsi que Paul Gosar et Andy Biggs, tous deux élus de l'Arizona.

Des partisans de l'ancien président américain Donald Trump près du Capitole, à Washington, le 6 janvier 2021
© / afp.com/ANDREW CABALLERO-REYNOLDS
"Nous quatre avons projeté de mettre une pression maximale sur le Congrès pendant les votes des élus [qui devaient alors valider les résultats de la présidentielle et confirmer l'élection de Joe Biden, NDLR] afin de changer les coeurs et les esprits des républicains présents dans l'hémicycle, qui entendraient notre grand rugissement de l'extérieur du bâtiment", avait déclaré Ali Alexander dans une vidéo Periscope publiée en décembre 2020 et supprimée ensuite. L'intéressé a depuis été entendu par la commission parlementaire qui enquête actuellement sur les événements du 6 janvier.
A ce glorieux casting, il faut encore ajouter d'autres trumpistes qui sortent du lot. Ainsi de la représentante pro-arme et anti-avortement du Colorado, Lauren Boebert, qui, ces derniers mois, s'est imposée comme l'une des "porte-flingue" les plus efficaces de l'ancien locataire de la Maison-Blanche. Lors d'un passage dans sa villa Mar-a-Lago en Floride, en novembre dernier, la conservatrice a marqué les esprits en apparaissant vêtue d'une robe portant l'inscription "Let's go Brandon", un slogan utilisé par les trumpistes signifiant "Fuck Joe Biden" ("Joe Biden, va te faire foutre").
Quelques semaines plus tard, cette ex-cheffe d'entreprise s'était retrouvée au coeur d'une autre polémique, lorsqu'elle s'était attaquée à l'une des cibles préférées de son mentor, à savoir la représentante du Minnesota Ilhan Omar, qui présente la caractéristique d'être née en Somalie, d'être musulmane et de porter le voile. Il n'en avait pas fallu davantage à Lauren Boebert pour la comparer à une terroriste lors d'un dîner remontant au mois de septembre.
"L'un de mes assistants, lors de son premier jour avec moi, est monté dans un ascenseur, au Capitole. Et dans cet ascenseur, nous avons été rejoints par Ilhan Omar. Il n'y avait que nous trois là-dedans et je l'ai regardé et j'ai dit : regarde là, c'est la Djihad Squad !", peut-on entendre plaisanter Lauren Boebert dans une vidéo prise ce jour-là. "Je dois dire : elle n'avait pas de sac à dos, et elle ne l'a pas lancé vers nous en se mettant à courir, donc tout va bien".
Critiquée au sein même de son camp pour ces propos, notamment par la représentante républicaine de Caroline du Sud Nancy Mace, Lauren Boebert a sans surprise pu compter sur le soutien de sa jumelle en politique, Marjorie Taylor Greene. Cette dernière a pris sa défense en accusant Nancy Mace de ne pas être suffisamment conservatrice et en la qualifiant "d'ordure du camp républicain".
"Bien obligés de se couler dans le moule"
Et gare à ceux qui ne tiendraient pas la ligne trumpiste impulsée par l'ex-président ! "Si vous êtes un sénateur ou un représentant membre du Parti républicain, il est très difficile de clamer que vous n'êtes pas trumpiste", remarque Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'Université Paris-II-Panthéon-Assas et spécialiste des Etats-Unis. "Les électeurs républicains soutiennent toujours fortement Donald Trump, donc les républicains du Congrès, trumpistes ou pas, sont bien obligés de se couler dans le moule. Autrement, ils risquent leur poste."
Les sondages parlent d'eux-mêmes. Selon une étude publiée le 20 décembre par le Pew Research Center, 37% des électeurs républicains estiment que Donald Trump est le meilleur président de ces quarante dernières années, seulement dépassé par Ronald Reagan (42%). "Aussi longtemps que l'hypothèse d'un retour de Trump semblera crédible, les ultra-trumpistes auront de belles années devant eux. Après, ce sera plus difficile, pronostique Nicole Bacharan. S'il se présentait en 2024, et perdait l'élection, il faudrait que quelqu'un reprenne le flambeau, parce qu'il serait trop vieux pour la prochaine échéance électorale." En attendant, l'ancien (et, peut-être, futur) président peut compter sur le soutien indéfectible de la "génération Trump", prête à en découdre.
