Les images de leur assaut fracassant contre le temple de la démocratie américaine avaient durablement marqué les esprits. Un an après, les émeutiers impliqués dans l'insurrection survenue le 6 janvier 2021 au Capitole américain n'en ont pas fini avec la justice. A ce jour, plus de 725 partisans de l'ex-président Donald Trump ont été mis en examen, et près de 80 se trouvent en prison dans l'attente de leur jugement. L'enquête tentaculaire est d'ailleurs loin d'avoir dit son dernier mot : selon les estimations du FBI, plus de 2000 personnes pourraient avoir "été impliquées dans le siège du bâtiment", qui abrite le Congrès américain. L'Express revient sur le parcours de cinq d'entre eux.
Jacob Chansley, le "chaman QAnon"

Jacob Chansley dans l'enceinte du Capitole le 6 janvier 2021
© / WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Avec sa lance, son visage peinturluré aux couleurs du drapeau américain, et sa coiffe aux cornes de bison, Jacob Chansley (plus connu sous le nom de Jake Angeli ou son surnom de "chaman QAnon") a sans doute été la figure la plus marquante de l'émeute du 6 janvier 2021. Après avoir tenu tête aux services de sécurité du Congrès, l'homme de 34 ans avait notamment pénétré dans l'hémicycle du Sénat, avant de s'asseoir sur la chaise du vice-président Mike Pence et de laisser un mot disant : "Ce n'est qu'une question de temps, la justice arrive !"
Celle-ci a, effectivement, été prompte à réagir. Trois jours plus tard, l'activiste d'extrême droite originaire de Phoenix, en Arizona, a été arrêté et placé en détention. Après huit mois passés derrière les barreaux, il a finalement plaidé coupable d'intrusion illégale et de conduite violente devant un tribunal de Washington, le 3 septembre dernier.
Le 17 novembre, il a été condamné à quarante-et-un mois de prison. Affirmant ne pas être "un dangereux criminel" et souffrir de "troubles de la personnalité", ce complotiste avait alors soutenu vouloir devenir "un homme meilleur". Peu de temps avant son jugement, son avocat, Albert Watkins, avait aussi affirmé que son client aurait depuis rejeté la mouvance QAnon et se serait dit "déçu"... par Donald Trump.
Adam Johnson, l'improbable "Via Getty"

Le 6 janvier 2021, Adam Johnson avait été photographié avec le pupitre de Nancy Pelosi dans les mains
© / Getty Images via AFP
La photo d'Adam Johnson, son bonnet Trump vissé sur la tête, emportant l'air débonnaire le pupitre de la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a, elle, marqué les réseaux sociaux. Celui-ci avait même été involontairement rebaptisé "Via Getty" par un certain nombre d'internautes. En cause : une photo de l'émeutier prise par l'agence Getty Images, et partagée sur Twitter par le journaliste de Politico, Ryan Lizza, avec cette légende : "Via Getty, l'un des émeutiers vole un podium au Capitole."
D'autres utilisateurs de la plateforme avaient alors cru qu'il s'agissait du nom de l'homme en question, bien que "Via Getty" ne soit en réalité qu'un moyen de créditer l'agence américaine de photographie. "Je veux que Via Getty et tous ceux qui ont participé à cet acte de terrorisme intérieur au Capitole aujourd'hui soient arrêtés et poursuivis sévèrement", avait, par exemple, lancé l'un d'eux, entre autres réactions.
La suite des événements a toutefois été moins cocasse pour Adam Johnson. Identifié dès le 8 janvier sur les réseaux sociaux par certaines de ses connaissances, l'homme de 36 ans, originaire de Floride, est arrêté par le FBI. Libéré à l'issue de trois jours de prison, après avoir signé un chèque de caution de 25 000 dollars, il a finalement plaidé coupable le 22 novembre. Il reconnaît être entré illégalement dans un bâtiment protégé de Washington, et risque jusqu'à six mois de prison. Le verdict est attendu le 25 février. De son côté, le pupitre de Nancy Pelosi - dont le prix est évalué à 1000 dollars - a été retrouvé intact dans l'un des couloirs du Sénat.
Richard Barnett, photographié le pied sur le bureau de Pelosi

Richard Barnett avait été rendu célèbre par cette photo de lui, le pied sur le bureau de Nancy Pelosi, le 6 janvier 2021
© / SAUL LOEB / AFP
Autre photo passée à la postérité, celle de Richard Barnett, posant son pied sur le bureau de Nancy Pelosi, prise le 6 janvier 2021. Arrêté deux jours plus tard dans l'Arkansas, l'homme de 61 ans a été emprisonné dans la foulée, avant d'être libéré le 27 avril. Inculpé de sept chefs d'accusation, dont possession d'arme dangereuse au Capitole - un pistolet paralysant -, Richard Barnett attend toujours l'ouverture de son procès le 1er février. "Richard pense que ses actions n'étaient pas criminelles, ne méritant certainement pas une peine de dix ans de prison que le gouvernement réclame. Il s'agit plutôt d'une forme de protestation politique protégée par la Constitution", plaide-t-il pour sa propre défense sur son site.
Licencié de son emploi après son arrestation, Richard Barnett a aussi lancé en juin dernier une campagne de financement participatif pour l'aider à acquitter ses frais de justice. Pour tout don supérieur ou égal à 100 dollars, l'ancien vendeur a même brièvement proposé en "gage de sa reconnaissance" l'envoi d'une "photo de lui avec ses pieds sur un bureau alors qu'il était assigné à résidence". Pour l'heure, il n'a atteint que 3% de son objectif fixé à 300 000 dollars.
Doug Jensen, l'homme qui poursuivait un policier

Doug Jensen avait été arrêté le 9 janvier 2021, dans sa ville de Des Moines dans l'Iowa, trois jours après l'insurrection au Capitole
© / Caputre Twitter / @igorbobic
La vidéo de Doug Jensen, T-shirt QAnon sur le dos, pourchassant un policier dans l'enceinte du Capitole a également marqué de nombreux Américains. L'homme de 42 ans a été arrêté trois jours plus tard à son domicile, dans sa ville de Des Moines, dans l'Iowa. Sous le coup de cinq chefs d'accusation, dont obstruction aux forces de l'ordre et entrée violente dans un bâtiment du Capitole, il a été placé en détention dans la foulée.
Après six mois derrière les barreaux, le complotiste a pu regagner son domicile le 13 juillet en liberté surveillée, avec comme condition fixée par le juge de ne pas se connecter à Internet, afin de ne pas consulter des sites complotistes, l'ayant, selon ses dires, incité à participer aux événements du 6 janvier. Surpris un mois plus tard par un officier venu effectuer un contrôle surprise, en train de suivre en direct une conférence du complotiste, Mike Lindell, l'émeutier a été renvoyé en prison le 19 août. Toujours écroué depuis lors, dans l'attente de son procès, Doug Jensen a formulé une nouvelle demande de libération début décembre, affirmant ne pas être un danger pour la société. Une audience a été programmée par le juge pour le mois de février.
Lonnie Leroy Coffman, le loup solitaire surarmé
Si son visage est moins connu que celui de ses prédécesseurs, Lonnie Leroy Coffman s'est rapidement distingué par son profil atypique. A l'intérieur de la camionnette de cet ancien vétéran du Vietnam - garée à proximité du Capitole le 6 janvier 2021 -, les enquêteurs ont retrouvé plusieurs armes à feu chargées, des centaines de cartouches, une arbalète, des machettes, des fumigènes, un pistolet paralysant, ainsi que tout le matériel nécessaire à la fabrication de cocktails Molotov.
Arrêté le jour même, l'homme de 70 ans originaire de l'Alabama a aussitôt été placé en détention, où il reste écroué depuis. Le 12 novembre, il a plaidé coupable d'avoir apporté des cocktails Molotov et une arme à feu sans licence à Washington. L'audience devant déterminer sa peine est fixée au 1er avril : il risque jusqu'à dix ans de prison et 250 000 dollars d'amende pour chacune de ses infractions fédérales. Avant cette affaire, l'homme n'était jamais apparu sur les radars des autorités, n'ayant aucun antécédent judiciaire.
