Interdire aux Européens de voyager aux Etats-Unis : la mesure n'avait plus beaucoup de sens depuis plusieurs mois. Ces restrictions vont enfin être levées à partir du 1er novembre prochain, seulement pour les personnes vaccinées et avec des contraintes précises, a indiqué la Maison-Blanche lundi.
En plus de présenter une preuve de vaccination contre le Covid-19, les voyageurs devront se faire tester dans les trois jours précédant leur voyage vers les Etats-Unis, et porter un masque, a expliqué le coordinateur de la lutte contre la pandémie à la Maison-Blanche, Jeff Zients.
La levée des restrictions concernera les personnes immunisées avec les vaccins reconnus par l'agence américaine du médicament, la FDA, soit ceux de Pfizer/BioNTech, Moderna et Johnson&Johnson (Janssen). Elle devrait aussi englober les millions d'Européens et de Britanniques vaccinés avec le sérum AstraZeneca, selon le commissaire européen Thierry Breton. Dans sa présentation, la Maison-Blanche est restée évasive sur la liste des vaccins, renvoyant cette décision aux autorités sanitaires.
Washington lève des restrictions qui concernaient depuis mars 2020 les voyageurs en provenance notamment de l'Union européenne, du Royaume-Uni, ou de Chine, puis s'appliquant plus tard à l'Inde ou au Brésil. En dix-huit mois, le "travel ban" a causé d'innombrables situations personnelles et familiales douloureuses. La Commission européenne a aussitôt salué l'annonce américaine, "une mesure attendue depuis longtemps par les familles et les amis séparés", et "une bonne nouvelle pour les entreprises".
Célébration dans le secteur aérien
Le secteur aérien s'est particulièrement réjouit de cette décision. Une "nouvelle formidable", a déclaré le directeur général d'Air France-KLM, Benjamin Smith, résumant l'état d'esprit d'un secteur qui a subi des dizaines de milliards d'euros de pertes depuis que les gouvernements ont fermé leurs frontières pour tenter de freiner la pandémie, en mars 2020. Les fédérations du secteur aérien, Airlines for Europe et Airlines for America, ont aussi "applaudi" l'annonce.
Pour les compagnies européennes historiques (Air France et KLM, mais aussi British Airways et Lufthansa), aux réseaux long-courriers très développés, les restrictions de voyage sur l'axe nord-atlantique avaient été particulièrement dures à avaler : le groupe franco-néerlandais réalisait ainsi 40% de son chiffre d'affaires sur ces liaisons. Et chez Lufthansa, la moitié de la flotte long-courrier servait à réaliser des vols transatlantiques.
L'annonce de ce lundi représente un "moment historique", qui "verra nos deux pays [Etats-Unis et Royaume-Uni] se réunir après 18 mois de séparation", a affirmé le directeur général de British Airways, Sean Doyle, pour qui "le monde s'ouvre à nouveau" à ses clients qui "peuvent réserver en confiance".
Il s'agit d'un "grand pas en avant", qui va "doper la reprise de l'économie", a renchéri Willie Walsh, le directeur général de l'Association internationale du transport aérien (Iata), qui fédère 290 compagnies aériennes du monde entier, représentant 82% du trafic mondial. "Airlines for Europe" a quant à elle dit "applaudir" la décision de l'administration Biden, qui va "donner un élan particulièrement nécessaire au trafic et au tourisme transatlantiques, et réunir familles et amis".
La réception de cette nouvelle s'est vite traduite en bourse. Les actions de différentes compagnies aériennes et leur maison mère ont fait un saut lundi après l'annonce. Celle de IAG (British Airways) a ainsi augmenté de 10%, 5% pour les titres d'Air France-KLM et Lufthansa.
Soulagement dans le secteur du tourisme
Allant de pair avec les voyages, l'industrie du tourisme se frotte également les mains. Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du voyage, explique notamment à Franceinfo que "c'est un soulagement pour les professionnels parce que les Etats-Unis représentent une destination importante pour l'économie du secteur des entreprises du voyage." "Les sociétés qui étaient spécialisées sur les USA étaient à l'arrêt quasiment. Elles vont pouvoir redémarrer. C'est une très bonne chose. (...) Peut-être que l'ouverture des Etats-Unis va accélérer la reprise globale du tourisme dans le monde", ajoute-t-il.
Le patron du tour-opérateur Voyageurs du Monde, a lui aussi partagé son enthousiasme en s'exclamant "Allelouia" (sic) sur Twitter, après avoir appris la nouvelle.
L'annonce a aussi été applaudie aux Etats-Unis, notamment à New York, où les étrangers représentent la moitié des recettes touristiques, alors que leur nombre s'était effondré de 13,5 millions en 2019 à 2,4 millions en 2020 (avant mars 2020).
Toute l'économie se réjouit
Pour la Chambre de commerce américaine, cette mesure "contribuera à favoriser une reprise robuste et durable de l'économie américaine". L'Allemagne et le Royaume-Uni ont également loué la décision américaine.
"Une excellente nouvelle - pour les investissements allemands et européens, nos exportations et l'ensemble de la relation transatlantique", a affirmé sur Twitter Olaf Scholz, le ministre des Finances candidat à la succession d'Angela Merkel. "C'est important pour notre reprise économique, nos familles et nos échanges commerciaux", s'est félicitée la cheffe de la diplomatie britannique Liz Truss sur Twitter.
L'annonce arrive en tout cas à point nommé dans un contexte de grande tension entre la France et les Etats-Unis dans une affaire de vente de sous-marins, mais Jeff Zients, sans se prononcer sur une éventuelle visée diplomatique, a insisté sur le fait que la décision elle-même était "dictée par la science".
Thierry Breton a souligné de son côté que les Américains avaient été sensibles au fait que cette interdiction de voyage n'avait plus "aucun sens". L'Europe est "le premier continent du monde non seulement en matière de production de vaccins, en matière d'export (...) mais encore, en ce qui concerne le nombre de personnes (entièrement) vaccinées", a-t-il argué.
La levée des restrictions annoncée lundi ne s'applique en revanche pas aux frontières terrestres des Etats-Unis avec le Canada et le Mexique, toujours fermées aux voyages "non-essentiels", sauf pour les citoyens américains. Ces restrictions seront en vigueur au moins jusqu'au 21 octobre, a indiqué Jeff Zients.
