Donald Trump a peut-être perdu une élection, mais certainement pas le sens des affaires. Alors que se tient, du 9 au 11 avril, une conférence de donateurs du comité national du Parti républicain (Republican National Committee) à Palm Beach, l'ancien président en a profité pour tirer la couverture à lui. Le soir du 10 avril, au moins 350 donateurs parmi les plus fortunés de la droite participent à un dîner d'investisseurs organisé dans son club bling-bling de Mar-a-Lago, à Palm Beach, la célèbre cité balnéaire de Floride, et dûment facturé au Parti républicain.
Pour ceux qui n'ont pas le privilège d'être membres du club (le ticket d'entrée s'élève à 200 000 dollars, plus une cotisation annuelle de 14 000 dollars), c'est l'occasion de visiter ce bâtiment de style hispano-mauresque construit en 1924, classé monument historique et doté de tout le confort moderne : 128 chambres avec lits à baldaquin, piscine, spa, golf, accès direct à la plage, etc. Le reste du week-end se déroulera, comme prévu, dans un autre hôtel de la station balnéaire pour milliardaires fondée par un magnat du pétrole en 1894.

La piscine de la résidence de Mar-a-Lago.
© / JPGuilloteau/L'Express
Sous couvert d'anonymat, un proche de Donald Trump compare ces levées de fonds à des événements mondains. "Les plus grosses fortunes américaines - dont beaucoup possèdent une villégiature à Palm Beach - signent des chèques de 100 000 à 500 000 dollars, juste pour pouvoir accéder à Trump et aller ensuite parader auprès de leur épouse en leur disant : "Tu sais, honey, j'ai conseillé Donald en ceci ou cela..." Après quoi, la saison touristique touchant à sa fin, ces mécènes conservateurs regagneront leur résidence principale, à Houston, Denver, Boston ou Chicago.
Mar-a-Lago, 10 millions de dollars en 1985 : l'affaire immobilière de sa vie
Le fait est que la Floride est devenue un nouveau centre politique depuis que l'ex-président a élu domicile dans ce qui fut sa résidence secondaire, délaissant la Maison-Blanche de Washington comme son triplex de la Trump Tower, à New York - mégapole démocrate, où les Trump ne comptent plus beaucoup d'amis. Dans son royaume rococo de Floride, acquis en 1985 pour 10 millions de dollars (l'affaire de sa vie : il en vaut aujourd'hui seize fois plus !), le prince déchu panse ses plaies. "Quand je l'ai vu en mars, il était encore mortifié d'avoir été battu par celui qu'il traite de "comateux" [Biden], poursuit notre interlocuteur. Plus encore, il enrageait contre ces républicains qui ont voté en faveur de son impeachment."
Il ne décolère pas contre Liz Cheney, n° 3 du Parti républicain et fille de l'ancien vice-président Dick Cheney, qui fait partie des "traîtres" qui se sont prononcés pour sa destitution. Et veut la faire battre aux législatives de 2022, quand la députée sera candidate à sa réélection dans le Wyoming. "Mais Trump a un problème, poursuit ce proche de l'ancien chef d'Etat. Il doit mesurer ses paroles. En effet, s'il mène ouvertement campagne contre elle et qu'elle est réélue malgré tout, alors c'est lui qui sera démonétisé." Or Trump veut conserver son aura présidentielle en restant en centre de l'attention, afin d'aimanter les médias, les grands donateurs et ses supporteurs - dans cet ordre-là.
Melania va au spa, déjeune, retourne au spa, puis dîne avec son mari
Pour se détendre, l'ex-président, 74 ans, alterne parties de golf et soirées télé, tandis que Melania se rend au spa, déjeune, retourne au spa l'après-midi, puis dîne avec son mari. Lequel consulte beaucoup, notamment l'activiste David Bossie, ancien directeur adjoint de sa campagne en 2016 ; Donald Jr, le "fils de", qui vient d'emménager en Floride ; ou encore Jason Miller, son proche conseiller, qui a récemment annoncé le come-back de Trump sur les réseaux sociaux. "Il reviendra d'ici deux à trois mois, cela redéfinira complètement le jeu", affirme ce dernier à propos de celui qui a été banni de Twitter à vie (pour incitation à la haine). Le bal des courtisans inclut aussi le très cynique sénateur Lindsey Graham, venu "baiser la bague du parrain" ou la députée Marjorie Taylor Greene, adepte du mouvement conspirationniste QAnon.

Donald Trump sur le green du Trump International Golf Course à Mar-a-Lago, Floride, en 2017. (Photo by NICHOLAS KAMM / AFP)
© / NICHOLAS KAMM / AFP
"Donald Trump reçoit aussi de nombreux écrivains et journalistes qui préparent des livres sur lui ; 30 sont en cours de rédaction", révèle Chris Ruddy, ami personnel du 45e président depuis vingt ans et patron de la chaîne Newsmax. "Il est en pleine forme, détendu, positif", assure ce fidèle qui voit Trump "régulièrement".
A propos des ambitions présidentielles de son ami, il répond : "Ça m'étonnerait beaucoup qu'il se représente en 2024. Son nouveau mode de vie lui convient très bien. Il continue d'être l'homme le plus influent du Parti républicain, mais sans avoir à supporter les contraintes d'un chef d'Etat. Or ce n'est pas quelqu'un qui raffole des emplois du temps rigides..."
Même son de cloche de la part d'un autre familier de Mar-a-Lago: Trump renoncerait à se représenter. Non seulement parce qu'il est malgré tout âgé mais aussi parce qu'une nouvelle candidature relancerait inévitablement les procédures juridiques sur ses montages fiscaux, ses conflits d'intérêts au temps de sa présidence et ses relations d'affaires avec la Russie (avant son élection de 2015).
Pour l'heure Trump caresserait plutôt l'idée de pousser la candidature du gouverneur de Floride, Ron DeSantis, croit savoir ce même proche. Ce qui laisserait le champ libre à Ivanka Trump - qui, elle aussi, a récemment déménagé en Floride - pour postuler comme gouverneure à sa place. Une hypothèse séduisante, mais invérifiable. Mar-a-Lago garde bien des mystères.
