Ce n'était pas l'option favorite du ministère des Outre-mer français. Jeudi, le sabordage de la partie avant du navire japonais Wakashio qui s'est scindé en deux dimanche dernier a commencé à 13 000 milles par 22° et 24' Sud, soit à 24 km à l'Est de l'île Maurice, selon Réunion la 1ere. Cette opération consiste à remplir le navire d'eau salée afin qu'il coule dans les profondeurs de l'océan, à 3180 mètres. La plus petite partie du bateau reste échouée sur le récif.

Le comité national de crise a indiqué dans un communiqué que "le responsable des opérations de sauvetage a assuré que toute l'huile hydraulique ainsi que tous les débris flottants avaient été retirés du navire". Selon les autorités, le lieu de l'immersion du navire - dont le propriétaire et l'armateur sont japonais - a été décidé après une large consultation d'experts et de défenseurs de l'environnement.

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Mais d'après les médias d'Outre-mer, les experts français penchaient toutefois pour une autre démarche : le remorquage puis démantèlement du vraquier dans des ateliers spécialisés. Selon Radio Plus FM, "le lieu du sabordage est différent des recommandations des experts venus de France. Diplomatiquement, ils ont validé l'opération, mais ils s'expriment rarement lors des réunions sur le sujet depuis la validation du sabordage".

Alors que le ministre Sébastien Lecornu s'est rendu dimanche dernier sur place pour soutenir les opérations de dépollution, il s'était dit inquiet pour les côtes de l'île française de la Réunion, située à quelque 200 kilomètres de Maurice. Son entourage a indiqué à Libération "prendre acte de la décision mauricienne", mais, selon le quotidien, "ne cache pas que Paris aurait préféré que l'épave soit remorquée jusqu'en Inde, sur un site de dépollution et de démontage".

Risque pour la biodiversité de l'océan

Du côté des ONG, on juge le sabordage comme la pire des options. "Couler ce navire fait prendre des risques à la biodiversité et contaminer l'océan avec des quantités importantes de métaux toxiques lourds, menaçant d'autres zones également, particulièrement l'île française de la Réunion", a estimé dans un communiqué Happy Khambule, de Greenpeace Africa.

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"Les Mauriciens n'avaient rien à gagner du passage du MV Wakashio dans leurs eaux et se voient désormais demander de payer le prix de cette catastrophe. Plus de pollution met en péril leur économie basée sur le tourisme et leur sécurité alimentaire basée sur la pêche", a-t-il ajouté.

Quelques militants ont aussi exprimé leur colère face au choix fait part les autorités mauriciennes, motivé par l'aspect financier selon les médias locaux. Ils se sont réunis devant l'hôtel du gouvernement de Port-Louis, affichant des slogans tels que : "Zordi gov pe koul la preuz zot incompétans", ce qui se traduit par : "Aujourd'hui, le gouvernement veut couler les preuves de son incompétence", raconte Libération qui ajoute que les hydrocarbures restants dans la partie arrière vont être pompés dans les prochains jours.

Le navire qui transportait quelque 4000 tonnes d'hydrocarbures, échoué le 25 juillet sur un récif des côtes de l'île de l'Océan indien, a déjà laissé s'échapper entre 800 et 1000 tonnes de polluant, menaçant tout l'écosystème marin de l'île Maurice, notamment des espaces protégés abritant des forêts de mangrove et des espèces menacées, ainsi que les eaux cristallines qui attirent de nombreux touristes.